25.06.2009
Quart de siècle.
Il y a cinq ans, j'ai eu vingt ans et un concours.
Cette année, je deviens grande. Et j'espère avoir un autre concours - mais de cela nous reparlerons.
Il y a cinq ans, je me suis offert une jolie bague en argent en revendant les bouquins les plus détestés qu'on nous avait infligés en prépa. Cette année, mon pouvoir d'achat ayant considérablement augmenté depuis que je suis chercheuse et payée pour, je me suis offert un sac à main. Très cher. Une forme de revanche sur l'austérité de ces années de concours et de thèse. Une futilité contre cette absurdité qu'est l'agrégation.
Donc, je deviens grande. Je vais commencer à citer Philippe Muray et Léon Bloy dans mes posts. Je vais parler de la conception christique de saint Benoît l'Apostolat, de la jubilation du magnificat annonciateur de nos tentations, qui est à l'immaculée miséricorde ce que l'allégresse du Saint Sépulchre est au jugement de nos béatitudes*.
Je vais écrire des nouvelles où un type se fait fracasser dans un escalier et ensuite, ayant eu une révélation à la suite d'une bonne baise, pète la gueule à des yamakasi, comme dans les films de Luc Besson.
Je vais écrire des trucs sur la burka et sur les banlieues. Je vais dire du mal de Cohn-Bendit.
Bref, fini la rigolade. On va faire des vrais posts. Musclés et intellectuels.
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Mais non enfin, pas du tout. Vous croyez vraiment que je suis fichue de parler d'autre chose que le XVIIe siècle, les sacs à main et les vacances à la campagne ?
Sur ce, souhaitez-moi bonne chance, les oraux c'est dans quatre jours.
Amitiés à tout le monde. Et bientôt, le retour des janséniste, des chapiteaux romans, des jésuites, des conneries lues dans Le Monde, du glamour et des futilités, du fond de teint et du shampooing bio.
* et un bon point à celui qui donne la référence.
15:00 Publié dans De vita beata | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
24.06.2009
Sur les murs de Pompéï.
Certes, j'ai disparu dans les tourments des dernières révisions d'agrégation, mais comme c'est la veille de mon anniversaire, je n'oublie pas mon bien-aimé lectorat. Donc, un petit cadeau rigolo, à savoir le best-of des inscriptions de Pompéi. Sur vos écrans.
Électif.
- Epidium Sabinum duumvirum iure dicundo oro vos faciatis. Trebius cliens facit consentiente sanctissimo ordine.
Élisez Epidieux Sabinus, duumvir chargé de la justice. C'est son client Trebius qui vous le demande, en accord avec le très respectable ordre des décurions.
Les vedettes du cirque.
- Suspirium puellarum Celadus thraex.
Celadus le Thrace fait soupirer les filles.
Hypocondriaque ?
- Pituita me tenet.
J'ai attrapé un rhume.
Le raciste.
- Puteolanis feliciter, omnibus Nucerinis felicia, et uncum Pompeianis Petecusanis.
Bonne chance aux gens de Pouzzoles, Prospérité à ceux de Nuceria, les Pompéiens et ceux de Pithécusses au croc de boucher !
Le militant.
- Holconium Priscum aedilem, Clodi, fac. Sei copo, probe fecisti quod sellam commodasti.
Clodius, élis Holconius Priscus édile. Tu as bien fait, Seius l'aubergiste, de me prêter une chaise (pour peindre l'inscription, NDLR).
Le guide du Pompéien pas cher.
- Arphocras hic cum Drauca bene futuit denario.
Ici, Harpocras a bien baisé avec Drauca, pour un denier.
Les divertissements grand public.
- Cumis gladiatorum paria XX et eorum suppositicii pugnabunt Kalendis Octobribus, III, prodie nonas Octobres. Cruciarii, venatio et vela erunt. Cuniculus scriptor Lucceio salutem.
Vingt paires de gladiateurs et leurs doublures combattront à Cumes aux Calendes d'octobre, l'avant-veille et la veille des Nones d'Octobre. Il y aura des crucifiés, une chasse et un pare-soleil. Cuniculus qui écrit ces mots salue Lucceius.
Le libéral.
- Lucrum gaudium.
Le profit, c'est la joie.
Récitatif.
- Hic ego cum veni, futui, deinde redei domi.
Quand je suis arrivé ici, j'ai baisé, puis je suis rentré chez moi.
Le militant, 2.
- Neroni feliciter.
Vive Néron !
Le fin lettré.
- Arma virumque cano, Troiae qui primus ab oris...
"Je chante les combats et le héros qui, le premier, depuis les rivages de Troie..."
Celle qui s'est fait avoir.
- Fututa sum hic.
J'ai été baisée ici.
Le parasite.
- Quisque me ad cenam vocarit, valeat.
Quiconque m'invite à dîner, qu'il se porte bien !
La maison qui parle.
- Marci Iuni insula sum.
Je suis l'immeuble de Marcus Junius.
L'hygiéniste.
-Cacator cave malum, aut si contempseris, habeas Iovem iratum.
Toi qui conchies ce lieu, attention aux ennuis ! et si tu n'en tiens pas compte, que Jupiter tourne sa colère contre toi.
Le libéral, 2.
- Abomino pauperos. Quisquis quid gratis rogat, fatuus est. Aes det et accipiat rem.
J'ai horreur des pauvres. Celui qui demande quelque chose gratuitement est un fou : qu'il donne de l'argent et reçoive sa marchandise.
Le vantard.
- Omnes luseron Maximus sum.
Je vous roulerai tous, je suis Maximus (ou "je suis le plus fort" ?).
Le militant, 3.
- Marcum Cerrinium Vatiam aedilem oro nos faciatis. Seribibi universi rogant.
Élisez édile Marcus Cerrinius Vatia ! Tous ceux qui picolent la nuit le demandent.
Le militant, 4.
- Mustius fullo facit et dealbat. Scripsit unicus sine reliquis sodalibus.
Mustio le foulon vote pour lui et blanchit le mur pour y peindre ces mots. Il a fait l'inscription tout seul, sans ses camarades.
Le soupirant.
- Rogo, domina, per Venerem te rogo : habeto mei memoriam !
Je t'en prie, ma maîtresse, je t'en prie au nom de Vénus, souviens-toi de moi !
Le mauvais coucheur.
- In cruce figaris.
Va te faire crucifier !
Le philosophe.
- Admiror, paries, te non cecidisse ruinis, qui tot scriptorum taedia sustineas.
Je m'étonne, mur, que tu ne te sois pas effondré, alors que tu portes les naiseries de tous ceux qui ont écrit sur toi.
Le sarkozyste.
- Fures foras, frugi intro.
Dehors les voleurs ! Les gens de bien à l'intérieur !
Le compatriote.
- Pompeianos, ubique, salutem !
Aux Pompéiens, en tous lieux, salut !
Toutes les citations sont extraites de Moreau Philippe, Sur les murs de Pompéi, Paris, Gallimard, coll. "Le Promeneur", 1993.
12.06.2009
Les clients.
Parfois, pour gagner des tas et des tas de sous, je fais des transcriptions pour des gens qui ont des manuscrits dégueulasses à lire, et qui ont besoin d'une sympathique archiviste paléographe pour les y aider.
Moyennant finances. Car je suis vendue au grand capital, et croyez bien que cela me convient tout à fait.
Et comme je suis en train de réviser la géo pour l'oral de l'agrégation, je me suis dit qu'on pouvait jouer à faire une typologie de mes chers clients.
Il y a d'abord, et c'est le plus courant, le généalogiste. Ayant en général découvert des papiers de familles dans un grenier suite à un héritage, il s'est mis à faire sa généalogie, et remonte sans problème jusqu'au XVIIe siècle, ne se découvre que des bouseux pour ancêtres, et ce au travers des archives des notaires et des registres paroissiaux de Nouans le Fuzelier ou de Morsang sur Orge. Le généalogiste a des sous et plein de bonne volonté. Il pose force question sur les papiers que vous lui transcrivez, il est tout à fait urbain et courtois.
Le seul problème, c'est qu'il est en général retraité et a donc du temps. Il a ainsi la la furieuse manie de vous appeler tous les soirs à 21h pour vous demander "où ça en est", et à vous refaire en direct sa généalogie, ce qui est d'autant plus ennuyeux que vous la connaissez déjà - puisque c'est vous qui l'aidez à la pondre, sa généalogie à la noix. Et ça dure. Et vous n'en pouvez plus.
L'avantage : il finit toujours par vous proposer de venir visiter voire passer un week-end dans la propriété dont il a hérité, celle où il a trouvé les papelards familiaux. Du genre petit château à 59 pièces, piscine, abondance d'hectares boisés.
Le généalogiste est ainsi le meilleur client qui soit, sympathique et attachant. Je les adore - sauf les soirs où, passé 21h, j'ai d'autres choses à foutre.
Il y a ensuite celui qui a hérité d'une baraque (mais un gros château, cette fois-ci), ou qui l'a achetée, et qui, tout pareil que le généalogiste, a trouvé des papiers au grenier. Papiers qu'il ne sait pas lire mais dont il devine que c'est vieux, et que ça raconte des trucs. Notre nouveau châtelain se monte très vite le bourrichon et imagine que là, dans ces papiers, il y a forcément un mémoire des Templiers qui expliquent là où ils ont planqué leur trésor, sous le troisième chêne en direction de l'étang aux carpes, juste avant que l'affreux Philippe le Bel ne leur tombe sur le râble.
Évidemment, notre ami châtelain est affreusement déçu quand vous lui rendez votre transcription et que vous lui expliquez que non, pas de trésor des Templiers, parce que son parchemin, c'est une quittance de Toussaint Michel pour Jean Le Petit, paroissiens de Bray sur Seine, qui lui a bien payé les quatre livres huit sols qu'il lui devait pour l'achat d'une vache.
Il vous reste à le consoler en lui expliquant que finalement, l'histoire rurale, c'est bien aussi. Même si ça ne rend pas aussi riche que le trésor des templiers.
Il y a également le thésard honteux, celui qui a absolument voulu faire une thèse de médiévale alors qu'il n'a jamais fait de latin - et qu'il ne compte pas s'y mettre. Le thésard a honte, parce qu'il a bien conscience du fait que faire faire ses transcriptions pour sa thèse, ça craint grave n'est pas génial. Il peut même vous proposer de vous faire signer un papier dans lequel vous vous engagez à ne jamais révéler que c'est vous qui avez transcrit l'intégralité de son corpus de textes.
En plus, il essaie d'obtenir une ristourne sur les tarifs "parce qu'il est étudiant, alors il n'est pas riche, vous comprenez".
Il ne vous reste qu'à l'envoyer paître en lui expliquant que bordel, pour votre thèse, vos transcriptions dégueulasses, c'est vous qui les avez faites. Et qu'il n'a qu'à suivre les cours de paléographie à la fac, ça sera toujours moins cher.
Il y a l'universitaire étranger. Il est loin, du genre Wisconsin ou Coïmbra. Donc, il vous prie aimablement de bien vouloir aller faire quelques vérifications par-ci par-là, parce qu'il ne va quand même pas prendre l'avion pour aller vérifier trois pauvres trucs aux Archives nationales. Et on le comprend.
L'universitaire étranger a en général des demandes bizarres, du genre "pouvez-vous vérifier si tel mot est écrit en rouge ?" ou "de combien de centimètres est l'alinéa du paragraphe trois du folio 689 ?".
L'universitaire étranger est d'une courtoisie à toute épreuve et vous oblige à réviser un peu votre anglais pour lui répondre - parce que moi, ma première langue, c'est le latin, alors oui, causer anglais, ça me pose problème, c'est comme ça. Il vous paye en devises étrangères, ce qui vous permet de vous la péter grave à la banque, quand il s'agit d'encaisser un chèque en dollars canadiens ou en zlotys.
Eh oui, les transcriptions font aussi partie de la mondialisation.
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