27.05.2009
Vomitoria, 2.
Je suis admissible au CAPES. Tralala, yoularira, c'est la fête.
J'appelle ma famille pour l'annoncer. Je suis admissible, tralala.
Bon.
Et là j'apprends que quelqu'un de très proche, dans son charmant bahut, pourtant pas réputé spécialement difficile, s'est fait piquer quarante-cinq euros par un élève, dans son propre sac à main.
Bon.
Bien sûr, pas de preuve formelle. L'élève, 18 ans, en seconde, notoirement violent, est soupçonné également de dealer, et de voler à peu près tout ce qu'il peut trouver dans le lycée.
Bon.
À force d'insister, cette femme très proche a fini par obtenir du proviseur qu'il fasse fouiller le sac de l'élève soupçonné. Et le proviseur, il ne voulait pas, vous comprenez, atteinte à l'intégrité des élèves, pas de preuves formelles, tout ça.
Bon.
Dans le sac de l'élève, il n'y avait pas le porte-monnaie volé. Bon, pas grave, quarante-cinq euros, pour elle, ce n'est pas énorme, après tout, un prof en fin de carrière n'est pas à plaindre.
Bon.
En revanche, dans le sac de l'élève, un couteau papillon. Genre couteau de chasse. Lame de quinze centimètres. Un truc que si vous vous le prenez dans le ventre, vous avez de bonnes chances de mourir.
Bon.
Il a fallu que son mari menace le proviseur de lui casser la gueule si l'élève n'était pas exclu, pour que l'exclusion et le conseil de discipline soient décidés.
Bon.
Bilan : cette femme risque sa vie pour éduquer des sauvages qui ne savent que hurler et émettre des borborygmes. Des gens que le ministre préfère "à l'école plutôt qu'en prison", parce que vous comprenez, tout ça quoi. Alors que de toute façon, les sauvages de cet acabit, ils coûtent tôt ou tard cher à la société, parce qu'ils sont en prison ou au chômage un jour ou l'autre.
Alors que la classe où se trouve l'élève est connue comme archi-difficile. Cette femme est la seule à s'en prendre plein la gueule parce qu'à la différence de ses courageux collègues, elle refuse de les laisser au fond de la classe avec l'ipod sur les oreilles pour se contenter de faire cours aux deux de devant.
De toute façon, ces ordures-là, qu'on ne peut même plus appeler élèves, finissent en prison.
Moi, je veux qu'on fouille les sacs des élèves à l'entrée des établissements. Moi, je veux qu'on nettoie les établissements au karcher. Moi, je ne veux pas risquer ma peau pour des semi-animaux qui de toute façon seront dans deux ans chômeurs ou taulards. Moi, je ne veux pas que ette femme qui m'est proche se prenne une lame de quinze centimètres entre les deux omoplates. Elle a mieux à faire de sa vie.
Le problème, ce n'est pas tant la violence des établissements. La violence, ça se nettoie en un mois, si on veut. Le problème, c'est d'avoir les couilles de le vouloir.
Désolée, mais là, malgré ma joie d'être admissible, j'ai comme une vilaine nausée. Une vraie, pas une nausée de bien-pensant qui voit du fachîîîîssssme partout. Non, la nausée de l'impuissance et de la révolte.
(et merci aux amis qui ont envoyé des petits mots de félicitations. J'ai été vraiment touchée. Merci encore.)




Commentaires
Hé bien, félicitations ! Pour le CAPES, et le reste.
Et bon courage avec cette marmaille !!!!
Ecrit par : Jean-Baptiste Bourgoin | 27.05.2009
Félicitations pour l'admissibilité!!
Je comprends votre dégoût, et je le partage d'ailleurs. Quand je lis ça, que je vois les médias, que j'écoute mes amies profs dans le secondaire me raconter leurs mésaventures, je me demande souvent pourquoi j'ai choisi la voie de l'enseignement. Alors que je n'ai commencé qu'en octobre et que je suis privilégiée, puisque je suis à l'université...
Mais bon, il faut quand même savourer votre réussite. Et je croise les doigts pour l'agreg!
Ecrit par : M* | 27.05.2009
Félicitations pour le CAPES ! Reste encore l'oral. Je prierai donc pour vous à cette intention. Courage, donc.
Votre père a eu, jadis, le bonheur de me supporter à Ch***. Transmettez-lui donc mon amitié (j'aurais aimé voir la tête du proviseur, parce qu'un rugbyman en colère... plutôt impressionnant, n'est-il pas ?)
Ecrit par : Guillaume | 27.05.2009
Bravo, toutes mes félicitations. N'abandonnez jamais !
Concernant les coutelas dans les sacs, j'ai l'impression qu'on traite les conséquences et jamais les causes qui sont bien connues mais indicibles. C'est à de petits sauvages que vous professerez maintenant. Sortez votre fouet et apprenez à tenir une revue de cirque en présence de félins sournois. Enfin, si vous n'en sauvez qu'un seul, votre mission sera accomplie. Bonne fin de semaine. d.
Ecrit par : Inactuel | 27.05.2009
HIP HIP HIP...... HOURRRRA !!!! Félicitations ! Allez, les paris sont ouverts, quel rang de classement au résultat final ? Allez hop hop hop! Au boulot! ;-)
Ecrit par : Doretdefeu | 27.05.2009
Bravo pour le CAPES !!!
Pour les p'tits cons, les parents démissionnaires, l'encadrement dépassé, c'est chiant mais ce sont que des à côtés, pour l'instant concentration sur l'oral.
Ecrit par : Marc | 27.05.2009
Bizarre ce billet, vous savez que vous êtes pas obligée de vous présenter à l'oral...
Traiter des élèves d'ordures avant même d'avoir commencé à enseigner, bôf...
"des semi-animaux qui de toute façon seront dans deux ans chômeurs ou taulards."
"la violence, ça se nettoie en un mois, si on veut. Le problème, c'est d'avoir les couilles de le vouloir.", ah ouais, z'avez voté Sarko vous aussi ?
Moi je veux, moi je veux pas, quand on veut on peut, c'est ça ?
Non, franchement, à votre place, je ferais pas prof.
Ecrit par : Christine | 27.05.2009
à Christine : je crois que le sens du billet est de dresser un constat de ce qu'il se passe concrètement actuellement, et qui n'est un secret pour personne (sauf peut être les directeurs d'établissements, qui doivent voir trouble du fait de leur politisation...à gauche comme à droite d'ailleurs).
Peut être que quand le nombre de profs ayant les "couilles" de voir clair et d'adopter la position adéquate (cf : remplir leur rôle au lieu de lâcher l'affaire) sera devenu majoritaire, nous pourrons recommencer à être fiers de notre système éducatif.
Donc Camille en prof, moi, personnellement, je vois ça plutôt en "top moumoute" (même s'il faut savoir à quoi s'attendre, hein, une fois là bas). Alors courage!
et puis pour finir, une petite précision : à mon sens ceux qui veulent "avoir les couilles de vouloir" ne sont pas forcément condamnés à être catalogués Sarkozystes. Mais ceux qui ramènent tout aux partis et débat politiques n'ont (je pense) rien compris à l'idée d'éducation, entre autres.
Ecrit par : maître ernestin | 28.05.2009
Bravo (et bravo pour l'agreg aussi, les résultats viennent de tomber...)
Ecrit par : Raveline | 28.05.2009
> à tous,
Merci beaucoup pour vos petits mots de félicitations et de soutien ! Vous êtes tous adorables.
Pour le contenu du bille, et en particulier pour Christine, j'ai déjà enseigné, j'enseigne, et mes élèves ne sont pas des ordures, eux. Au contraire, ils sont adorables.
Et oui, je pense que quand on veut, on peut. Le nom de qui j'ai glissé dans l'urne en 2007 n'a rien à faire là-dedans. J'ai suffisamment d'amis qui dépriment vraiment en cette fin de première année d'enseignement (pour eux) pour savoir ce qu'il en est de la réalité sur le terrain.
Quand on veut on peut, oui. Il faudrait que tous les membres de l'éducation nationale, à commencer par le ministre, aient la volonté politique de faire du ménage.
Eh ouais.
Et je remercie du fond du coeur Maître Ernestin, qui a merveilleusement bien résumé ma pensée.
Et je félicite encore les amis admissible aux concours, et pense très fort à ceux qui ne le sont pas.
Ecrit par : camille | 28.05.2009
Je ne m'étais pas encore jointe au concert de félicitations, voilà chose faite ! je suis ravie pour vous et vous souhaite tout autant de réussite à l'oral. On continue donc à croiser les doigts !
En ce qui concerne le débat, j'ai eu une discussion récemment avec une jeune amie enseignante en ZEP de région parisienne et elle me disait qu'après 5 ans d'expérience professionnelle, cette année enfin, elle n'avait plus la peur au ventre en allant travailler, du coup les élèves le ressentent et elle arrive, sans faire de miracles bien sûr, à faire tout simplement son travail. (par contre, elle a laissé tomber le CAPES au bout de 2 tentatives...)
Ecrit par : PCR | 28.05.2009
Horreur ! Camille l'odieuse faschisss sécuritaire est à deux doigts d'enseigner à nos chères têtes blondes... Non, brunes ! Non, métissées ! Je ne sais plus ! No pasaran ! C'est la lutte finale !
Un couteau papillon... Professeurs, ils iront danser sur vos tombes...
Ecrit par : Hank | 29.05.2009
Et l'agreg alors? ;-)
Ecrit par : M* | 29.05.2009
Quand même... Vous vous relisez ? Quel Evangile annoncez-vous ?
Ecrit par : sebas07 | 29.05.2009
Félicitations !
Sinon, je ne vois pas en quoi il serait sarkozyste (?) ou contraire à l'Évangile (?!) d'oser dire qu'il y a une proportion non négligeable de petits cons, et une minorité de vrais connards, dans les établissements d'enseignement secondaire français, et qu'en conséquence, la perspective d'y enseigner n'est pas vraiment enchanteresse.
Ecrit par : Baroque | 29.05.2009
> PCR :
Merci !
Ma mère me disait aussi qu'elle a mis plusieurs années avant de faire abstraction et de ne plus "craindre" ses élèves. Certains sont de fait assez impressionnants : les lycéens de 18 ans peuvent facilement vous casser la figure.
Bien sûr, il s'agit de ne pas tomber non plus dans la parano...
> Hank :
Ben oui. Le plus drôle dans tout ça, c'est quand j'aurai à faire les cours d'éducation civique. Héhéhé.
> M*
Je suis aussi admissible à l'agreg ! ouf, soulagée. Merci de venir prendre des nouvelles, c'est très gentil.
> Seb :
Non, je ne me relis pas. Cela dit, je n'ai pas dit que ça ne me posait pas de vrai cas de conscience, de devoir faire le constat qu'il existe des gamins dont le degré de civilisation est proche du zéro absolu. Oui, c'est dur de constater qu'il y a des gens qui ne savent pas faire une phrase cohérente, à l'écrit comme à l'oral (écoutez les groupes de "jeunes" dans le métro), qui ne savent que beugler... Des hommes avec une dignité ? La question est réellement posée.
> Baroque :
Merci ! Hé oui, certains se refusent à comprendre que nous voulons être profs pour des élèves, pas dompteurs de fauves. Je veux enseigner, pas avoir à faire la police.
Ecrit par : camille | 29.05.2009
Le problème c'est que l'éducation d'un "fauve" cela ne dépend pas, comme on voudrait le faire croire, de l'école qui ne fait en théorie qu'instruire. On peut évidemment "dresser" les fauves, mais cela prend du temps et sinon donnez nous vite les secrets justifiant votre formule magique "La violence, ça se nettoie en un mois, si on veut" ; changer un état d'esprit cela ne se lave pas, même dans le sang de l'Agneau, et même s'il y a purification par le vide, cela prend du temps (avant la kénose un dieu a mis 33ans...).
Ce qui est dommage c'est que le savoir n'est plus vraiment la préoccupation des gouvernants actuellement, ce qui compte c'est d'intégrer dans un moule social à peu près viable et d'adapter l'école aux besoins de l'entreprise : ce n'est ni bon ni mauvais, c'est simplement très limité vis-à-vis du savoir qui n'est plus offert pour lui-même. Aussi ce peu de jeunes enseignants comprennent, c'est qu'on ne leur demande pas d'aimer ou non la matière à enseigner, elle n'est qu'un prétexte pour encadrer les élèves, point.
Sur la violence des fauves, enfin, même dressés - ce qui prend du temps - un grand dresseur de tigre qui connaissais et aimais ses bêtes depuis longtemps a fini dévoré en voulant les visiter dans leurs cages après la représentation. On peut tout au plus canaliser la violence, mais l'annihiler, c'est vraiment complètement stupide et mensongé.
Ecrit par : Christ Denied | 29.05.2009
J'arrive peut-être après la bagarre, mais tant pis.
Alors, tout d'abord, re-félicitations pour ces deux admissibilités.
Ensuite, pour répondre à ceux qui s'indignent du vocabulaire employé...
L'an dernier, j'ai vécu, en tant que prof, le fait que le but de mes élèves était de me pourrir le plus possible mon année. Quand on voit celui ou celle qu'on aime rentrer du boulot en larmes, parce que les élèves sont plus qu'infects, avoir des envies de démission et d'exil sur une île déserte pour ne plus croiser un jeune, on a beau aimer les jeunes, on a beau croire à l'utilité du métier d'enseignant, on arrive parfois à tenir des propos très véhéments. Mon mari a eu des mots très durs pour mes élèves, parce qu'il avait peur pour moi et qu'il ne voulait pas me ramasser à la petite cuillère.
Et avant de parler de fouilles et de portiques à l'entrée des établissements, moi, ce que j'aimerais, c'est que les proviseurs et les principaux soutiennent un peu plus leurs enseignants quand ça va mal au lieu de faire l'autruche ou de leur faire comprendre qu'en gros, c'est de leur faute. Si déjà les proviseurs pouvaient soutenir leurs équipes pédagogiques, dans certains établissements, on ferait un grand pas en avant.
Ecrit par : Marie | 31.05.2009
Au risque de vous choquer (encore une fois, étant donné que j'ai laissé un autre commentaire sur un sujet bien différent il y a quelques minutes) je vous trouve assez agressive et peu nuancée dans vos propos. Avant d'aller plus loin, je précise que je suis enseignante depuis 17 ans, dont quasi 10 avec le statut bancal de TZR, dans l'Académie de Paris. J'ai vu des dizaines et des dizaines d'établissement, de toutes sortes... Je le précise afin que vous ne vous sentiez pas obligée de m'expliquer ce que je ne sais, hélas, que trop bien, de ce qui se passe "entre les murs". Alors oui, ne nous voilons pas la face, il s'y passe des choses inacceptables, inadmissibles, et ce qu'a vécu votre amie en est la malheureuse illustration. Mais le portique à l'entrée est-il la solution? peut-on vraiment dire de certains enseignants qu'ils n'ont pas de c....? Car il en faut pour faire ce métier à l'heure actuelle, vous vous en rendrez bien vite compte, et ce n'est pas aussi simple que "laisser faire comme si de rien n'était" ou "ouvrir sa gueule".
Je suis malheureusement convaincue que les problèmes de violence, d'agressivité ou tout simplement de déscolarisation d'un nombre croissant de jeunes ne se règlera pas "au karsher", car c'est un problème qui dépasse celui de l'Education Nationale. Chaque ministre y va de sa réforme ou de sa solution bout'ficelle, mais on ne remet pas "dans le droit chemin" des jeunes en perte de repères et en mal d'éducation (car c'est souvent là que le bât blesse) "en un mois si on veut". On aimerait bien, tous, surtout ceux qui, comme moi, ont pu voir certains aspects de l'école se dégrader à une vitesse vertigineuse.
Malgré tout, je vous félicite pour votre admissibilité. Puis-je me permettre de finir sur une note un peu amère? J'aime encore mon métier, mais je dois avouer que je ne le conseillerai pas à quelqu'un aujourd'hui...êtes-vous vraiment armée (au sens figuré bien sûr!) pour faire face à ces futurs chômeurs ou taulards que vous décrivez?
Ecrit par : pascale m. | 31.05.2009
> CD :
Votre commentaire est très intéressant. Je vous en remercie. Je suis en grande partie d'accord avec vous. Cependant, si effectivement le problème de la violence et des tensions dans les établissements n'est pas un problème des gouvernements (qui font tous, peu ou prou, la même chose depuis vingt ans), je pense que tout serait réglable facilement.
L'intransigeance face aux comportements, la révision de certains mode de fonctionnement, le placement des "fauves" dans des structures réellement adaptées... je pourrais développer dans un billet suivant, si vous voulez.
En revanche, être prof, c'est aimer enseigner. Pas devoir se battre perpétuellement contre la horde.Bien sûr, on ne me demande pas "d'aimer la matière". Je me doute bien qu'il n'est pas question que je parle de mes recherches historiques pour le doctorat à des lycéens : bien entendu !
Je ne pense pas non plus qu'on puisse éradiquer la violence. Cependant, je pense que le monde dans lequel nous vivons est globalement moins "violent" que celui dans lequel vivaient les "hussards de la République" de Jules Ferry. Pourquoi, alors qu'à l'époque l'école restait un havre relativement préservé, n'est-ce plus possible aujourd'hui ?
> Marie :
Je te remercie. Oui, je suis assez d'accord sur le coup de la fouille... et aussi sur le fait que c'est aussi aux proviseurs et aux rectorats de s'y coller, avant que de s'en prendre aux profs. C'est d'ailleurs SURTOUT aux proviseurs qui, par souci de leur carrière, font les autruches, que je m'en prends ici.
> Pascale M. :
Oui, je vous comprends. Et pour commencer par votre fin, je peux vous assurer que justement, plus les mois passent, plus les amis, les parents, les copains qui viennent de finir leur première année comme prof stagiaire, me disent qu'ils ne me souhaitent pas d'entrer dans l'éduc' nat'. Et de fait, je me pose de vraies questions.
Je suis armée contre pas mal de choses. J'ai aussi la chance, pour le moment, d'être dans le supérieur, ce qui me préserve. Je suis aussi lucide sur mon cas : de toute façon, si je ne suis pas faite pour ça, je le verrai bien. Et si je n'y arrive pas, je ferai autre chose.
Comme je le disais à Marie plus haut, ceux qui n'ont pas de c..., ce sont les administrateurs qui lâchent leurs profs et minimisent leurs problèmes pour ne pas faire de vagues, pour protéger leur carrière et faire en sorte qu'on ne parle pas de l'établissement en mal.
Oui, je suis assez agressive, je vous l'avoue. Seulement, je n'arrive pas à rester calme quand j'entends qu'un proviseur se contente de faire "oui, oui, oui" alors qu'il faudrait agir.
Ecrit par : camille | 01.06.2009
Encore un débat qui me passionne, je sens que je vais passer du temps sur votre blog :-)
J'ai l'impression que les chefs d'établissement sont aussi un peu pieds et poings liés, dans la mesure où ils ne font qu'appliquer les consignes du rectorat, qui sont celles du ministère, etc.
Attention, je ne les défends pas tous, car certains (beaucoup?) sont vraiment des planqués infichus de sortir de leur bureau pour prendre les problèmes à bras le corps!
Mais il n'en demeure pas moins que nous assistons à une dérive que l'école ne peut régler toute seule, que les parents ont leur part de responsabilité, et la société également.
Il faut redonner aux jeunes le goût de l'effort et du travail, tout simplement, au lieu de les abrutir avec des valeurs bidon ou la perspective du fric facile...
Les médias sont en très grande partie coupables de véhiculer ces "valeurs", mais il me semble (suis-je trop optimiste?) qu'avec des films comme "entre les murs" (injustement décrié à mon avis) et "la jupe", une prise de conscience se fait peu à peu...
Ecrit par : pascale m. | 01.06.2009
> Pascale,
Alors, promis, je vous réponds demain, car le débat me passionne aussi. Bonne nuit ! et merci pour vos commentaires.
Ecrit par : camille | 01.06.2009
Alors donc,
Il existe bien évidemment des proviseurs planqués derrière leur bureau. Bon, y'en a partout.
Il en existe aussi qui refusent de voir la réalité : "mais non, enfin, madame, vous n'y comprenez rien, ce n'est pas une insulte, faut pas le prendre comme ça".
Il y en a qui cachent délibérément les choses. Je pense notamment au principal du bahut de Toulouse où un gosse a poignardé son professeur de maths. Ce dernier au sciemment déclaré que le collège allait bien, était sans histoires... jusqu'à ce que l'on apprenne que depuis deux ans, une pétition des parents d'élèves et des professeurs circulait pour demander la fin du trafic de drogue et de la violence.
Beaucoup songent franchement à leur carrière, et nous savons tous, profs comme proviseurs, que les établissements difficiles sont la "punition", et qu'il s'agit d'un cercle vicieux. On n'est pas content d'être là, on fait tout pour en partir et souvent pas beaucoup pour améliorer les choses...
Evidemment, il y a un problème à l'école. Les média critiquent les profs qui foutent rien, c'est bien connu, les profs s'en prennent aux parents qui défendent leur petit chouchou, l'administration (du rectorat au ministère) fait comme si de rien n'était...
On ne s'en sort pas.
Dans le cas des élèves vraiment dangereux, la solution serait de les sortir de leur milieu et de les envoyer dans des établissements spécialisés où on s'occuperait de les canaliser en leur donnant des cours adaptés, en leur faisant couper du bois dans la forêt (histoire de se rendre utile), et ça coûterait toujours moins cher que de payer des tonnes de paperasses et de gens pour faire des commissions d'appel, des conseils de disciplines, et de beaux rapports pleins de blabla.
J'en ai pris conscience depuis que ma mère s'occupe des commissions d'appels aux conseils de discipline : vous vous rendez compte que c'est beaucoup d'efforts, des avocats, des profs, des administrateurs, pour.... rien ! Car si l'exclusion est confirmée, l'élève gagne quelques jours de vacances puis un nouvel établissement, si l'exclusion est annulée, l'élève gagne l'impression d'être le seul maître à bord.
Des solutions ?
D'abord, être vraiment intransigeant. Ne pas hésiter à hausser la voix (pas forcément physiquement, mais dans les paroles). Revoir certains principes de l'école : que fichent ces dealeurs de 18 ans en classe de seconde ? Certes, tant qu'il ne sont pas hors de l'école, ils ne sont pas chômeurs (c'est l'argument massue du ministère).
Responsabiliser les parents par la force. La suppression des allocations familiales est probablement une fausse et mauvaise solution, mais il faut que les parents comprennent que l'Etat n'est pas une mère universelle, et que c'est à eux d'éduquer leurs enfants. L'Ecole n'est là que pour les instruire.
Je n'ai pas vocation à être ministre, bien entendu. Mais il faut se secouer. C'est possible, mais c'est vraiment une question de courage politique.
Ecrit par : camille | 02.06.2009
Merci pour vos précisions et vos informations (je ne connaissais pas les "commissions d'appels"...). Les solutions que vous énoncez sont déjà rendue possibles (Instituts spécialisés, allocations suspendues) mais après sur les élèves de 18ans à l'école ou pas cela n'en fait pas des chômeurs pour autant, les allocations sont versées jusqu'à 20ans je crois.
Le problème est effectivement sur la mise en oeuvre et l'application de ces mesures, qui sont socialement explosives si on les applique systématiquement (même si je n'ai absolument rien contre personnellement, mais je n'en vois pas toutes les conséquences).
Le vrai problème - déjà mis en exergue avec les histoires de voiles - c'est que l'autorité de l'école n'est plus vraiment réelle ; dès qu'il y a un problème, il passe la sphère de l'établissement et est pris en compte par d'autres sphères, donc d'autres autorités souvent complètement étrangères aux problèmes (Cf. les arrestations d'enfants de 8-10ans). L'école n'a plus la force de faire appliquer ses propres règles et réglements, aussi dès qu'il y a un problème on demande une loi, alors que la force réelle d'un Etat c'est de déléguer. La loi ne fait que cadrer et limiter les règles des autorités (l'école ici, ou bien encore l'autorité parentale)qui la représente et l'applique ; mais aujourd'hui ces lois se substituent aux règles et l'autorité propre à chaque sphères perd de sa force, aussi il n'est pas étonnant de voir certain établissements réclamer des gardiens de la paix, ou certain parents se voir traduits en justice par leurs enfants.
Après ce n'est qu'un constat, peut être que la transition vers ce modèle uniforme où tout est référé sans transition à la loi étatique va fonctionner aussi bien qu'en "1984"... et stopper la violence par celle de la loi qui ne va plus seulement interdir mais obliger...
Ecrit par : Christ Denied | 02.06.2009
le vrai problème concernant l'autorité des "agents de proximité" de l'école est la judiciarisation des rapports. Une judiciarisation qui peut permettre d'éviter les abus, mais qui mal utilisé peut totalement paralyser un système qui n'a pas prévu de tels "abus", ni l'intervention à outrance des médias (je ne dis pas que cette intervention n'est pas utile, mais je dis que cette intervention est souvent évènementielle et lacunaire).
Après faire plein de lois pour dire "fais ci, fais ça", bref, des lois, je ne pense pas que ça va changer grand chose au problème. Plutôt prendre acte de la nouvelle relation état/profs/parents et répartir les "pouvoirs" et obligations de façon équilibrée. Une loi peut être utile pour modeler les textes existants (responsabilité des parents sur les agissements de leurs enfants, obligation de donner à ses enfants une éducation jusqu'à 16 ans, responsabilité des professeurs vis à vis de leurs élèves, intervention des acteurs judiciaires, avocats, huissiers, policiers au sein de ce lieu "privé" qu'est l'école). Le tout assorti d'une médiatisation expliquant tout cela et de sanctions.
si on veut la jouer "judiciarisation des rapports pour plus de sécurité", peut être faire çà. Personnellement j'aurais plutôt tendance à trouver ça glauque et à prôner une simplification des règles et des pouvoirs clarifiés aux acteurs principaux (parents, profs, et le directeur qui se planque, dans le coin là bas).
Ecrit par : ernestin | 03.06.2009
http://www3.ac-clermont.fr/ien-vichy2/educ/bibadmi/responsabilite/responsabilite.pdf
à jour, sauf erreur de ma part,
on peut se dire que l'arsenal législatif est, déjà, bien fourni. Il manque, comme d'habitude, à avoir l'envie et le courage de l'appliquer...juste ça
le reste relève du préventif et non du répressif. Un pouvoir qui devrait légitimement revenir au directeur.
Ecrit par : ernestin | 03.06.2009
@ernestin : merci beaucoup pour ce lien très instructif. Incroyable ce qu'on peut y trouver. Notamment ceci : "Certaines méthodes fondées sur les principes de liberté et d'autodiscipline mettent en échec l'idée même de surveillance" : c'est typique d'une loi qui, sous couvert légitimer l'autorité, arrive au final par la détruire en exposant directement ceux qui surveillent à la loi au lieu de leur donner la liberté d'exercer. En restreingnant l'autorité de l'école à la surveillance, et même son mode de surveillance, on ne forme que des irresponsables d'un côté comme de l'autre : chacun surveille l'autre... il ne faut pas s'étonner après quand un prof est renvoyé au tribunal et condamné pour violence s'il gifle un élève... c'est quelque chose qui était rarissime il y a 20ans, et qui maintenant devient de plus en plus fréquent.
Ecrit par : Christ Denied | 03.06.2009
à CD : attardez vous plutot sur le rôle supposé du directeur d'établissement. C'est fou quand même de voir une bonne loi poser un cadre et laisser des gens compétents (car nommés en plus, même pas élus!) rester dans leur coin.
Effectivement la loi qui dépasse le care et commence à rentrer dans le détail est vouée à se perdre, ou à changer tous les 6 mois.
Après moi je ne suis pas pour qu'un prof gifle un élève, déjà parce qu'il se met en danger, de fait, en le faisant. Mais je suis pour que, dans un cas de violence à l'égard d'un prof, celui-ci ait les moyens de se faire entendre par son "employeur" (à lui et à l'enfant).
Quand ça se passe mal avec un partenaire, que je sache, je ne le gifle pas, par contre j'en réfère à son supérieur...et au mien. Ca judiciarise les rapports mais l'objectif, éviter la justice privée en mettant en place un système paliatif efficace, est assuré.
Après nul doute que Camille, adepte du "rapide et efficace" pensera autrement (mais moi je défends mon fonds de commerce aussi, que croyez vous! ;)
Ecrit par : ernestin | 03.06.2009
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