24.06.2009

Sur les murs de Pompéï.

 

 

 

Certes, j'ai disparu dans les tourments des dernières révisions d'agrégation, mais comme c'est la veille de mon anniversaire, je n'oublie pas mon bien-aimé lectorat. Donc, un petit cadeau rigolo, à savoir le best-of des inscriptions de Pompéi. Sur vos écrans.

 

 

Électif.

- Epidium Sabinum duumvirum iure dicundo oro vos faciatis. Trebius cliens facit consentiente sanctissimo ordine.

Élisez Epidieux Sabinus, duumvir chargé de la justice. C'est son client Trebius qui vous le demande, en accord avec le très respectable ordre des décurions.

 

Les vedettes du cirque.


- Suspirium puellarum Celadus thraex.

Celadus le Thrace fait soupirer les filles.

 

Hypocondriaque ?

- Pituita me tenet.

J'ai attrapé un rhume.

 

Le raciste.

- Puteolanis feliciter, omnibus Nucerinis felicia, et uncum Pompeianis Petecusanis.

Bonne chance aux gens de Pouzzoles, Prospérité à ceux de Nuceria, les Pompéiens et ceux de Pithécusses au croc de boucher !

 

Le militant.

- Holconium Priscum aedilem, Clodi, fac. Sei copo, probe fecisti quod sellam commodasti.

Clodius, élis Holconius Priscus édile. Tu as bien fait, Seius l'aubergiste, de me prêter une chaise (pour peindre l'inscription, NDLR).

 

Le guide du Pompéien pas cher.

- Arphocras hic cum Drauca bene futuit denario.

Ici, Harpocras a bien baisé avec Drauca, pour un denier.

 

Les divertissements grand public.

- Cumis gladiatorum paria XX et eorum suppositicii pugnabunt Kalendis Octobribus, III, prodie nonas Octobres. Cruciarii, venatio et vela erunt. Cuniculus scriptor Lucceio salutem.

Vingt paires de gladiateurs et leurs doublures combattront à Cumes aux Calendes d'octobre, l'avant-veille et la veille des Nones d'Octobre. Il y aura des crucifiés, une chasse et un pare-soleil. Cuniculus qui écrit ces mots salue Lucceius.

 

Le libéral.

- Lucrum gaudium.

Le profit, c'est la joie.

 

Récitatif.

- Hic ego cum veni, futui, deinde redei domi.

Quand je suis arrivé ici, j'ai baisé, puis je suis rentré chez moi.

 

Le militant, 2.

- Neroni feliciter.

Vive Néron !

 

Le fin lettré.

- Arma virumque cano, Troiae qui primus ab oris...

"Je chante les combats et le héros qui, le premier, depuis les rivages de Troie..."

 

Celle qui s'est fait avoir.

- Fututa sum hic.

J'ai été baisée ici.

 

Le parasite.

- Quisque me ad cenam vocarit, valeat.

Quiconque m'invite à dîner, qu'il se porte bien !

 

La maison qui parle.

- Marci Iuni insula sum.

Je suis l'immeuble de Marcus Junius.

 

L'hygiéniste.

-Cacator cave malum, aut si contempseris, habeas Iovem iratum.

Toi qui conchies ce lieu, attention aux ennuis ! et si tu n'en tiens pas compte, que Jupiter tourne sa colère contre toi.

 

Le libéral, 2.

- Abomino pauperos. Quisquis quid gratis rogat, fatuus est. Aes det et accipiat rem.

J'ai horreur des pauvres. Celui qui demande quelque chose gratuitement est un fou : qu'il donne de l'argent et reçoive sa marchandise.

 

Le vantard.

- Omnes luseron Maximus sum.

Je vous roulerai tous, je suis Maximus (ou "je suis le plus fort" ?).

 

Le militant, 3.

- Marcum Cerrinium Vatiam aedilem oro nos faciatis. Seribibi universi rogant.

Élisez édile Marcus Cerrinius Vatia ! Tous ceux qui picolent la nuit le demandent.

 

Le militant, 4.

- Mustius fullo facit et dealbat. Scripsit unicus sine reliquis sodalibus.

Mustio le foulon vote pour lui et blanchit le mur pour y peindre ces mots. Il a fait l'inscription tout seul, sans ses camarades.

 

Le soupirant.

- Rogo, domina, per Venerem te rogo : habeto mei memoriam !

Je t'en prie, ma maîtresse, je t'en prie au nom de Vénus, souviens-toi de moi !

 

Le mauvais coucheur.

- In cruce figaris.

Va te faire crucifier !

 

Le philosophe.

- Admiror, paries, te non cecidisse ruinis, qui tot scriptorum taedia sustineas.

Je m'étonne, mur, que tu ne te sois pas effondré, alors que tu portes les naiseries de tous ceux qui ont écrit sur toi.

 

Le sarkozyste.

- Fures foras, frugi intro.

Dehors les voleurs ! Les gens de bien à l'intérieur !

 

Le compatriote.

- Pompeianos, ubique, salutem !

Aux Pompéiens, en tous lieux, salut !

 

 

Toutes les citations sont extraites de Moreau Philippe, Sur les murs de Pompéi, Paris, Gallimard, coll. "Le Promeneur", 1993.

Commentaires

Une chasse et un pare-soleil ?

Ecrit par : Didier Goux | 24.06.2009

La plus énigmatique inscription de Pompéi :

"Sator arepo tenet opera rotas."

Ce qui signifie : "Le laboureur guidant la charrue travaille en tournant" ou encore "Le semeur Arepo conduit les roues avec soin".

C'est un palindrome (doublé d'un carré magique). Il aurait une signification chrétienne.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Carr%C3%A9_magique_(lettres)

Ecrit par : Sébastien | 24.06.2009

> Didier,

Une chasse, c'est effectivement une vraie chasse : on lâche des bestioles dans l'arène, et des types (un peu comme des genres de gladiateurs) essaient de les tuer.

Un pare-soleil : oui, c'est nécessaire, car les amphithéâtres sont à ciel ouvert. Le pare-soleil (velum) était tendu au-dessus des gens. C'était très utile dans la mesure où les spectacles duraient la journée entière, et que tout le monde sait bien qu'il faut se protéger du soleil (les méchants UV, tout ça).
Le pare-soleil, c'est l'argument de vente : venez voir les crucifiés, vous ne risquerez même pas l'insolation !


> Sébastien :

Merci ! je ne connaissais pas du tout !
C'est assez stimulant comme interprétation, mais comme tout ce genre de choses, il faut se méfier : on a vite fait de se retrouver avec des interprétations délirantes (le trésor des Templiers francs maçons qui se sont mariés avec Marie-Madeleine parce que Jésus, en fait...)

Celle-ci n'est pas dans mon petit bouquin qui n'est qu'un best-of destiné au grand public. Je pense qu'on doit trouver d'autres perles dans les recueils d'inscription.

Ecrit par : camille | 24.06.2009

Le pare-soleil, et dire qu'on nous bassine aujourd'hui avec les stades à toits couverts qui seraient de magnifiques réalisations modernes!

Sinon, on pourrait croire que l'ensemble de ces inscriptions (ou un certain nombre) ont été recueillies dans des toilettes publiques.

Ecrit par : NAIF | 24.06.2009

> Naïf

D'après la préface du bouquin, ces inscriptions (on peut en voir quelques-unes à Pompéï) sont quasiment uniques dans ce que le monde romain nous a livré. Ce sont en effet des inscriptions destinées à être lues par le tout-venant de la rue, et non cachées dans les latrines publiques. Gravées à la pointe dans du plâtre frais, en général la nuit, en longues capitales, par les soins de professionnels dans le cas des inscriptions électorales, avec un grand soin.
Les inscriptions "privées" sont vraisemblablement également le fait d'une élite, si l'on en juge par l'emploi des caractères, que très peu maîtrisaient (por écrire comme pour lire).

Donc, graffitis de toilettes publiques ? Plutôt de "bourgeois" polissons un peu bourrés au retour d'une nuit de goguette...

Ecrit par : camille | 24.06.2009

Attention,
Vous pourriez lancer une mode avec cette suggestion:
oeuvre millénaire de "bourgeois polissons un peu bourrés en retour de goguette".

Ecrit par : NAIF | 24.06.2009

Purée, qu'est-ce qu'on se culture, ici ! C'est limite fout-la-trouille, des hauteurs spirituelles pareilles...

Ecrit par : Didier Goux | 24.06.2009

Excellent!

Ah, et bon anniversaire, au fait!!

Ecrit par : M* | 25.06.2009

> Naif :

Oui, d'ailleurs je prévois, quand je sserai maître du monde, de rendre obligatoire le port de la toge (bien plus seyant que la burka, il faut le dire) et l'obligation d'écrire ses graffitis en latin.


> Didier,

N'est-ce pas ? qui eût cru qu'il y eût des choses à dire sur les graffitis romains à connotation fortement potaches ?


> M* :

Contente que cela vous plaise ! et merci !

Ecrit par : camille | 25.06.2009

Ah, ça fait du bien de lire tout ça - merci pour ce sourire matinal!

Ecrit par : Daniel Fattore | 25.06.2009

Merci pour ce moment de fou rire érudit!! Et bon anniversaire encore!

Ecrit par : Léopold | 25.06.2009

Très amusant ! et dire que j'ai fait sept ans de latin et que je ne savais pas ce que voulait dire futata ! et bon anniversaire

Ecrit par : Athéna | 25.06.2009

Fromageplus hic bene rigolit.

Ecrit par : fromageplus | 25.06.2009

> Daniel, Léopold :

Mais je vous en prie ! On vient ici pour rigoler, par pour lire du Léon Bloy - les autres font ça très bien... :)


> Athéna :

Merci ! Surtout, si vous voulez connaître des gros mots en latin, il faut le nouveau Gaffiot. Dans l'ancien, les mots obscènes ont une traduction "soft", ou l'équivalent en grec. Ou alors, ils sont carrément absents.
Dans le nouveau, il y a tout. Avec des citations pour l'employer !


> Fromageplus :

Je savais bien qu'en vous dormait un vrai romain ! Vous devriez lancer la mode du graffiti en latin à Lyon, comme nouveau mode de la diversitude artistique pluriforme et métissatoire.

Ecrit par : camille | 25.06.2009

Excellent! Je vais transmettre tout celà à ma petite fille collégienne de 4° et latiniste (à l'exception ,bien sûr, des histoires de baise, elle a encore le temps !)

Ecrit par : Toto | 27.06.2009

Ecrire un commentaire