29.10.2009
Un village français, un vrai ?
Mardi dernier je suis arrivée chez papamaman avant de convoler en justes noces, ma mère était en train de regarder la télé, et plus précisément Un village français, la dernière production estampillée série-culture-pour-les-nuls de la télévision française. Le concept, pour ceux qui n'ont pas Télérama (alors que moi, si) : décrire la vie d'un petit village bien d'chez nous dans la cambrousse (vallons boisés, petit ruisseau, chemins de traverse et sangliers) pendant l'Occupation, cette période fascinante que Desproges appelait "l'amitié franco-allemande".
Alors il y a les très, très gentils résistants qui font ça pour l'amour de la patrie. Ceux-là sont jeunes (ou très vieux et barbus), communistes donc rejetés de leur papa (futur collabo-salaud), sont souvent des femmes. Mais - feinte du scénario - il y a aussi les résistants moyens gentils, ceux qui piquent les poules de ma mère Michu, et la mère Michu, elle est pas contente, alors elle va les dénoncer aux Allemands, mais après tout, ils l'avaient peut-être mérité (enfin j'en sais rien, j'ai pas tout regardé non plus). Ceux-là sont en général des résistants qui font ça pour l'amour de la Patrie, comme les autres, sauf qu'ils ne sont pas communistes.
Il y a les méchants collabos, dénonceurs de juifs. La grande majorité du village. Rien à signaler, je vous rappelle que c'est les heures les plus sombres de notre histoire.
Il y a les Justes, surtout des femmes, qui font passer des Juifs en zone libre. En général, ils finissent rarement l'épisode, tombant aux mains des méchants chleuh (cf. infra), dénoncés par les méchants collabos (cf. supra).
Il y a les méchants chleuh, blonds, maigres, en général borgnes (les plus méchants), sadiques patentés, qui passent l'essentiel de leurs journées à torturer du monde. Encore une fois, je n'ai pas regardé tous les épisodes, mais à mon avis, dans le tas, il y a sûrement un gentil chleuh dont va tomber l'une des filles qui s'occupe de faire passer des Juifs en zone libre, et même que ça va faire du dilemme cornélien.
Les autres sont "à l'heure du choix" en se demandant s'il est opportun de virer ou non la domestique juive en l'accusant d'avoir piqué les tickets de pain.
Pour tout vous dire, ces fictions sur la Seconde Guerre mondiale, ça me sort par les yeux. Je n'en peux plus de ces reconstitutions à coup de cheveux crantés et de chapeaux en feutre, de bretelles et d'étoiles jaunes. Je n'en peux plus d'entendre répéter que "tout n'est pas blanc, tout n'est pas noir, mais quand même les Français ont globalement tous été des gros salauds".
Je n'en peux plus de ces putassières scènes de torture, lors desquelles les réalisateurs d'aujourd'hui en rajoutent dans le gore en prenant soin de tout filmer. Plus c'est horrible, mieux c'est : si c'est une femme jeune et jolie, c'est encore mieux. On la verra se faire aisément arracher les ongles, être brûlée au visage par un cigare nazi ou se faire lacérer à coup de verre cassé.
Je n'en peux plus de ce manichéisme mal dissimulé sous l'apparente volonté de montrer des "personnages à la conscience torturée".
Je n'en peux plus de cette manière larmoyante et crétine d'évoquer la Shoah, de présenter les Juifs comme des moutons allant à l'abattoir.
Bref, j'ai tenu une demi-heure (faut pas mourir idiot) devant cette débilité télévisuelle et je suis montée pour relire les vieux Pilote de mon père.
13:36 Publié dans An'archivist! | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note




Commentaires
Bon je n'ai pas grand chose à dire sur Le village français vu que j'ai pas la télé (non, moi je regarde de façon assumée des séries américaines plus ou moins crétines sur Internet, c'est tout), et qu'en plus je me préparais ce jour-là pour un mariage dont tu as peut-être un peu entendu parlé...
Bref, en lisant ta note et le passage avec "surtout des femmes", celles qui se font torturer, ça m'a rappelé un article que j'ai lu y a pas longtemps sur Actualittés :
http://www.actualitte.com/actualite/14519-polars-thrillers-violence-exponentielle-femmes.htm
Diantre. Nous voilà mal barrées.
Ecrit par : Mariette | 29.10.2009
> Mariette,
oh, tu te préparais déjà le mardi ? :)
Merci pour l'article, ça confirme bien ce qu'il me semblait. Encore récemment, vous aviez fort peu de chance de voir au cinéma une femme mourir dans d'atroces souffrances, de même que dans les films à suspense, le héros ou l'héroïne finissait toujours par échapper aux griffes du méchant.
Maintenant, on voit des femmes se faire allègrement torturer : c'est probablement encore plus racoleur que de voir un héros prendre des coups de fouet (comme dans James Bond). De même, dans les thrillers, la fin est régulièrement du genre "ah bah non, en fait, ils sont tous morts".
Je ne pense pas que cela relève de la misogynie mais plutôt d'une volonté de faire dans l'"encore plus horrible". Ce qui m'inquiète, c'est l'étape prochaine : torture et meurtres d'enfants au cinéma ? gloupssssss...
Ecrit par : camille | 29.10.2009
Parlant des jeunes, Desproges disait : "Quand j'étais petit, à la maternelle, les jeunes, c'étaient des vieux poilus, avec des voix graves et de grandes main sales sans courage pour nous casser la gueule en douce à la récré ".
Pour mes parents, qui étaient jeunes à l'époque, les résistants communistes c'étaient des salauds qui arrivaient la nuit dans la cour de la ferme, sortait tout le monde la mitraillette à la main et l'injure à la bouche et qui piquaient la mourriture en échange d'un bout de papier, pompeusement appelé " bon de réquisition ", tapé à la machine et devant servir pour se faire payer à la libération.
Inutile de dire qu'ils se sont bien marrés à la préfecture en 1945.
Ecrit par : Koltchak91120 | 29.10.2009
> Koltchak :
Évidemment. Cela dit, les résistants non-communistes ont fait des trucs pas très nets non plus au nom de la France libre, et mes grands-parents gardent un souvenir parfois cuisant des "réquisitions" des maquisards.
Quoi qu'il en soit, on ne va pas refaire le débat sur la résistance communiste ou non. Surtout que sans vouloir la ramener, résistance communiste ou non, si les américains n'avaient pas décidé de venir bronzer sur les plages de Normandie, on aurait probablement mis 20 ans de plus à être libérés.
Pierre Magnan montre très bien dans ses romans évoquant la Résistance dans les Alpes, que tout ça, c'était aussi une histoire de règlements de compte avant d'être une histoire de patriotisme.
Je ne suis pas très très optimiste sur la Résistance française. Heureusement qu'il y a aussi eu des héros que l'histoire a retenus...
Ecrit par : camille | 29.10.2009
Je rejoins votre pessimisme sur la résistance et je dois avouer que la mythologie gaullienne de la France résistante m'insupporte sérieusement. Si héros il y a eu, ils sont plutôt à chercher du côté de ceux qui ont franchi la Manche pour rejoindre l'embryon d'armée qui se montait à Londres.
Ecrit par : Koltchak91120 | 29.10.2009
> Koltchak :
Oui, mais nuançons un peu...
Quand je me promène dans Paris, je vois un peu partout des plaques indiquant qu'ici, un jeune homme d'une vingtaine d'années est mort pendant la libération de Paris. J'habite moi-même dans une rue qui porte le nom d'un résistant (communiste :p) fusillé au mont Valérien en 1943. Toute proche, la place des Cinq martyrs du Lycée Buffon.
On peut penser ce qu'on veut de l'héroïsme, involontaire au non, de Guy Moquet. N'empêche que des jeunes gens de vingt ans qui choisissent de risquer leur vie pour une idée, même si c'est dérisoire, même si c'est voué à l'échec, même si aujourd'hui on n'hésite plus à dénoncer le côté dégueulasse de l'idéologie communiste, eh bien des jeunes gens comme cela, on n'en trouve pas sous le sabot d'un cheval.
Des héros de la résistance française, bien d'chez nous, il y en a eu. Ils sont d'autant plus héroïques qu'ils étaient rares et que, donc, leur action était vouée au néant.
Ecrit par : camille | 29.10.2009
Bravo ! belle indignation (partagée ô combien, dans mon cas) devant ce ressassement à la limite du psittacisme.
(Et mes respects à M. votre père pour avoir gardé ses vieux Pilote...)
Ecrit par : Didier Goux | 29.10.2009
> Didier,
Vous aussi, vous fûtes lecteur assidu de Pilote ? Mâtin ! Tout me fascine dans ces vieux journaux. Si certaines BD m'ennuient (beaucoup sont devenus illisible, quant à Leconte il est meilleur réalisateur que dessinateur), je décortique jusqu'aux petites annonces et aux pages mode...
Il y aurait un sujet de thèse à faire à partir de là !
Ecrit par : camille | 29.10.2009
A propos de résistant, il me semble s'opère actuellement un glissement de sens et de valeur entre les résistants de la dernière guerre et les résistants nouveaux genre (tendance les fameux "Cater"). On nous explique que résister, en 2009, c'est séquestrer son patron; ceux qui menaient le combat pour la liberté (et leur vie) sont maintenant ceux qui se battent pour une prime de départ plus grosse."Résister" devient un verbe d'action qui a perdu tout son sens ancien.
Ecrit par : Inactuel | 29.10.2009
Avec du retard, recevez toutes mes félicitations pour votre récent mariage. Je vous fais tous mes voeux de bonheur. Que le Seigneur vous bénisse tous deux abondamment !
Une question, voire une remarque, à la lecture de votre papier de ce jour : il me semblait que l'expression "convoler en justes noces" désignait une deuxième union - "convolare" signifiant se remarier. Je n'ai pas été fichu de retrouver une source fiable (donc pas internet, s'entend) et mon précieux Gaffiot ayant disparu du presbytère, je me trouve sans recours...
Ecrit par : Abbé Guillaume | 29.10.2009
Pilote, mâtin, quel journal!
Ecrit par : Elise | 30.10.2009
> Elise :
Mâtin ! :p
Ecrit par : camille | 30.10.2009
> Inactuel :
De même qu'on appelle génocide, fascisme ou stalinisme à peu près n'importe quoi... que les mots perdent de leur sens, cela a toujours été, mais vous avez raison de souligner ce glissement qui permet de se sentir héroïque à peu de frais.
> abbé Guillaume :
Je vous remercie pour vos voeux et vos bénédictions !
Pour la question du "convol" que vous avez bien raison de signaler :
j'ai trouvé dans le Littré en ligne l'article suivant :
http://francois.gannaz.free.fr/Littre/xmlittre.php?requete=convoler&submit=Rechercher
"Convol" concerne les remariages mais...
"convoler en secondes noces" signifie "se remarier" donc "convoler" tout seul ne signifierait pas forcément "se remarier" ?
Ecrit par : camille | 30.10.2009
Mon grand-père était résistant (il a fait les camps italiens puis nazis). Et il dit qu'aujourd'hui on a tendance à beaucoup exagérer l'action des résistants.
Ecrit par : Télémaque | 30.10.2009
Avec un peu de retard (je rentre de Provence moi aussi) tous mes voeux de bonheur et... plein de "pitchouns".
A part cela, je viens de jeter un coup d'oeil à mon (très vieux) Gaffiot. Voici ce que j'y lis :
- convolo, avi, atum, are, int., (voler) accourir ensemble.
Ensuite, on trouve quelques exemples :
- "convolare ad secundas nuptias" = convoler en secondes noces
- "convolare ad secundum legatarium = recourir au secon légataire."
J'en déduis donc qu'avec votre futur époux vous avez "accouru ensemble" à la Mairie, puis à l'Eglise. J'espère que vous n'étiez pas trop essoufflés :-)
Ecrit par : Geneviève | 30.10.2009
mon grand père était partisant de l'amitié franco-allemande voir même européene (Russie comprise)...
un européen avant l'heure sauf qu'il a eu le tord d'être un mauvais resistant.
Il y a resistant et Resistant !
(suite du message supprimée)
Ecrit par : dalidoudou | 31.10.2009
> Dalidoudou,
Les historiens ont montré que même chez les collabos, il y avait une idée pro-européenne, cf. livre de B. Bruneteau et consorts. Cela dit, je ne crois pas qu'il soit non plus très opportun de se vanter d'avoir des ancêtres collabos. Voyez aussi là-dessus par exemple le livre d'Anne Darquier de Pellepoix, fille de l'autre.
J'ai supprimé la fin de votre message car je n'accepterai pas ici vos considérations légèrement nauséabondes sur la "colonisation juive". Merci bien (oui, c'est de la censure, je sais).
Ecrit par : camille | 31.10.2009
Bah alors, où sont les brèves du lundi ?... ;-)
Ecrit par : Lesmartienssontparminous | 03.11.2009
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