16.10.2009

(N') allez (pas forcément) voir "L'âge d'or hollandais" à la Pinacothèque de Paris.

 

 

 

Mercredi, j'ai de nouveau débauché ma copine Elise pour qu'elle quitte son bureau entre midi et deux et qu'elle vienne voir l'exposition de la Pinacothèque de Paris, consacrée à la peinture de l'"âge d'or" hollandais, au XVIIe siècle. Du Rembrandt, du Vermeer, voilà qui semblait prometteur.

 

N'y allez pas, si :

 

- le mot de "tolérance", répété à tort et à travers, vous donne envie de sortir votre batte de base-ball.

- vous vous attendez à voir du grand tableau de maître. L'exposition annonce fièrement son ambition de replacer Rembrandt et Vermeer dans le contexte de la peinture hollandaise du XVIIe siècle, en montrant aussi bien leur influence que leur place à part. Malheureusement, des Vermeer et des Rembrandt, il y en a autant que mes doigts de pieds (une dizaine, donc, en gros), et même pas des majeurs. Pas des croûtes non plus, bien sûr, mais tout de même. Frustrant.

- si vous êtes un tant soit peu amateur de géographie historique, et que ça vous tape sur les nerfs qu'on parle de "Hollande" en lieu et place des Provinces-Unies. Rogntudju. Oui oui, c'est de l'élitisme, tout à fait.

- si vous êtes un tant soit peu historien et que ça vous gonfle, les lieux communs sur la "liberté en Hollande, vu que les gens étaient hyper tolérants", alors qu'ailleurs l'Inquisition brûlait des milliards de gens, c'est bien connu.

- si la peinture animalière, c'est moyen votre truc. Et que les tableaux de Paulus Potter, dont le sujet de prédilection est la gent bovine, vous laissent relativement froid - entre nous soit dit, je n'ai jamais compris comment diable on pouvait s'intéresser aux vaches (sauf sur Farmville, mais c'est une autre histoire).

 

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Paulus Potter, Le jeune taureau - un effet boeuf, hahaha.
Notez, c'est son plus connu et il n'y est même pas.

- si vous n'aimez pas les expositions au tarif prohibitif limitant l'entrée aux rombières sans-gêne, friquées et emperlouzées, dont l'unique but dans la vie semble être de vous filer des coups de coude en râlant parce que vous bouchez prétendûment la vue sur un objet, et de se coller devant un tableau jusqu'à ce que, lassé d'attendre son départ, vous passiez dans la salle d'à côté.

 

Allez-y tout de même si

 

- vous avez dix euros à perdre (mais dix euros pour une expo, ça va pas la tête non plus ?)

- si vous voulez une petite cure de peinture lumineuse, ou si vous êtes historien et que l'histoire du paysage, ça vous branche. Effectivement, les maîtres hollandais du XVIIe siècle, c'est pas Poussin non plus. N'empêche qu'il y a un portrait de David (ou de Salomon... enfin un type biblique) frappé d'une lumière dorée à se rouler par terre. Des paysages de campagne enneigée à vous couper le souffle, des moulins baignés d'or. Tout ça vaut largement le détour - la salle consacrée à la représentation picturale de la ville est moins bluffante, à mon sens.

- si vous aimez les portraits de riches types du XVIIe siècle. Quelques très beaux spécimen, avec manchettes de dentelle. Je crois que ce que je préfère dans le XVIIe siècle, finalement, ce sont les manchettes de dentelle, douces, nobles et mystérieuses.

 

 

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Vermeer, La lettre d'amour.
Bon, des Vermeer, y'en a deux en tout, mais celui-là est bien quand même.

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Franz Hals, Portrait de Pieter Van den Broecke.
Ces dentelles, Seigneur...

 

Cette critique étant très pondérée, dans le plus pur style social-démocratie, je m'arrête là et conclus sur le mode "débrouillez-vous" en vous disant de vous décider tout seuls comme des grands.

 

 

07.10.2009

Le XVIIe siècle en film. 4. L'Homme au masque de fer (Randall Wallace, 1998).

 

 

En fait, les gens, vous aimez que je raconte des vacheries. Moi aussi, mais comme ej le disais lundi, je l'assume très mal (comme Loth d'Orcanie dans Kaamelott : "mais sire, vous n'êtes pas avide de pouvoir ? - Si, mais je l'assume très mal".). Ce qui ne m'empêche pas de le faire avec plaisir.

 

Notre sujet d'étude sera donc, à la demande générale : L'homme au masque de fer, sorti sur les écrans de France et de Navarre en 1998. L'histoire, très librement inspirée de Dumas et de l'histoire de France vue par un américain pas très cultivé, se résume en deux coups de cuillères à pot : Louis XIV, jeune roi de France, est très très méchant. Dark Vador D'Artagnan, qui est son père (on l'apprend à la fin mais on a compris en deux minutes, n'allez pas dire que je casse le suspinse), rassemble ses copains Athos, Porthos et Aramis, pour monter un complot et substituer au méchant roi son gentil petit frère jumeau, Philippe, enfermé dans une prison très, très glauque (il ne voit même pas la lune en entier, et les rats lui boulottent son quatre heures, c'est dire s'il n'a pas de bol) par son très, très méchant frère. Au début, les mousquetaires sont moyennement d'accord, puis ils acceptent parce qu'ils en ont marre que Louis XIV soit un gros salaud.

Au milieu, le méchant roi saute deux ou trois demoiselles de la cour, dont Judith Godrèche, et fait tourner en bourrique sa maman, Anne d'Autriche - c'est Anne Parillaud, qui a de beaux yeux bleus et pas une ride, et donc incarne assez mal une reine de France âgée de plus de soixante ans. Mais à la fin, ça se termine bien puisqu'après une bataille finale (pif ! pif ! boum ! boum ! tchaf, tchaf !), le méchant roi est remplacé par son gentil frère, et la France est sauvée, brave gens.

 

L'histoire vu par Randall Wallace, c'est rigolo, ça permet deux-trois scènes de porno soft (on ne mesure pas assez le potentiel érotique du jupon à cerceau, du sein comprimé dans un corps de jupe, et du lit à baldaquin), on peut raconter n'importe quoi parce que c'était il y a longtemps, et puis on peut jouer à rendre moche des acteurs canons, en leur graissant les cheveux et en leur collant une barbiche clairsemée. Sur l'affiche, ça donne ça - et ça fait très peur :

 

 

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On note aussi l'usage abusif du costume à trous et du chapeau fatigué, genre
"héros malmené par la vie".



On reconnaît donc les trognes d'excellents acteurs dont on se demande bien ce qui leur a pris d'accepter un tel rôle : John Malkovich en Athos, Gabriel Byrne en d'Artagnan, Jeremy Irons en Aramis, et notre Gégé national en Porthos. Plutôt pas idiot, comme casting, quand on y réfléchit.

Il y a aussi Léo. Ah, Léo, qui vient alors d'accéder au rang de star avec l'innénarrable Titanic. Léo, excellent acteur quand il est bien dirigé. Léo qui, du reste, se tire plutôt honorablement du double rôle qu'on lui a attribué (Louis XIV et son frère jumeau). On salue du reste la performance. Yantôt pervers sadique et despotique, tantôt gentil couillon faisant son apprentissage de la vie, il parvient à incarner pas trop mal les deux personnages, et évite le ridicule complet, alors qu'on lui a manifestement dit : "quand tu fais le méchant roi, tu fronces les sourcils et tu pinces la bouche, quand tu fais le gentil couillon, tu ouvres grand les yeux et tu prends l'air ahuri de la baleine qui a trouvé un pinceau à blush".


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Là, par exemple, il prend l'air couillon puisqu'il est en mode "gentil".



Il y a encore quelques bons éléments, malheureusement gâchés par une caméra agitée : le choix de Vaux-le-Vicomte et du Vieux Mans comme lieux de tournage - tout le monde n'est pas Sofia Coppola pour se payer Versailles, bande de snobs, en plus, au moment où se déroule l'intrigue, Versailles n'existe pas encore.


Une fois qu'on a fait le tour des points positifs, on reste quand même assez consterné par le film. Passons sur les libertés prises avec l'histoire. D'habitude, je suis plutôt bon public et je ne râle pas trop devant les aberrations historiques. On pardonnera aussi à Randall Wallace de ne pas avoir lu le bouquin définitif de Jean-Christian Petitfils, résolvant la question du masque de fer, paru en 2003, mais plus difficilement de faire par exemple disparaître Philippe, duc d'Orléans, petit frère de Louis XIV. Tout bêtement. Hop là, à la trappe. Plus difficilement aussi, de faire coucher Anne d'Autriche avec d'Artagnan, parce que déjà, l'infante d'Espagne et reine de France ne se serait jamais abaissée à se laisser toucher par un inférieur, ensuite parce que même chez Dumas, Anne d'Autriche, c'est justement l'antithèse de la femme faible et gouvernée par ses sens. Anne d'Autriche, c'est la dignité même. La voir, dans ce film, chouiner, pleurnicher, glapir, c'est un vrai crève-coeur.


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Elle pète quand même bien le feu pour une sexagénaire.
On note encore quelques éléments érotico-historico-kitsch : le cuir noir et la rose rouge, wahou.



Tout aussi terrible est le ratage complet des rôles de nos vieux mousquetaires : Dipardiou-Porthos sur le mode 'pipi-caca-valseuses à l'air" (hahaha), Aramis en crypto-jésuite un peu perfide mais pas trop (hohoho), Athos en vieux schnock rabâcheur et rabat-joie... Pffff...


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Et là, ils se déguisent. Scène bouffonne. Qu'est-ce qu'on se marre.



On soulignera également l'extrême laideur des costumes, et leur côté extrêmement toc. On se désole devant la coiffure ridicule de Léo, sans perruque à boucles (dommage, c'eût été marrant) mais coiffé comme une jeune fille de pensionnat, les cheveux lissés aux plaques en céramiques et sagement peignés.

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On s'affligera enfin de la conclusion : le méchant va en prison et le gentil monte sur le trône, et "il apporta pain, paix et prospérité à son peuple". Pan dans les dents. Avec un roi de scénario pareil, on se demande comment ça se fait que la révolution ne soit arrivée qu'au siècle suivant.


Vous l'aurez compris, on a du mal à tirer quoi que ce soit de ce film : l'histoire est seulement prétexte à raconter n'importe quoi, sur le mode du "on s'en fout, c'était au temps des rois, ça passera toujours".
"Au temps des rois". Vous trouvez ça dans les mauvaises copies de lycées. Le "temps des rois", c'était avant, quand le monde allait mal et que les joies de la République n'avaient pas été inventées. Le temps des rois, c'est un vaste gloubiboulga de sang, de sexe, de bûchers et de meurtres dont sont responsables les monarques et l'Inquisition, qui étaient des gens très très méchants, avides de pouvoir - et le pouvoir était corrupteur, avant, tout le monde sait ça. La preuve, c'est que Louis XIV était un monarque "absolu", hein ? La preuve, il pousse une malheureuse jeune fille au suicide et il fait enfermer en prison son gentil frère jumeau qu'avait rien demandé à personne. Quand on vous dit que les rois étaient très, très méchants. C'est limite s'ils ne devaient pas faire égorger cinq types par jour pour agrémenter leur petit-déjeuner.

Au-delà du côté légèrement ridicule de ce film, ce qui me fait sortir de mes gonds, c'est le tableau affreusement crétin, naïf et manichéen qui est fait du XVIIe siècle. Sous prétexte que "c'était il y a longtemps", on raconte les pires âneries en faisant semblant d'ignorer que l'histoire, c'est quand même des gens derrière, pas une abstraction.



Groumph.

 

 

 

Prochaine étape : La grosse poilade historique, d'après les films avec Jean Marais.

 

 

02.09.2009

Le XVIIe siècle en film. 3. Tous les matins du monde d'Alain Corneau, 1991.

 

 

"Tous les matins du monde sont sans retour". La couleur - noir janséniste - est annoncée dès le titre. Monsieur de Sainte-Colombe a perdu son épouse, lui laissant deux filles, Madeleine et Toinette. La famille vit dans un manoir froid et austère, retirée à la campagne, loin des fastes de la Cour. Monsieur de Sainte-Colombe sent du reste un peu le soufre : proche de Port-Royal, il est un opposant à la fois politique et religieux. Compositeur prolifique pour viole de gambe, il noie son chagrin de veuf dans la musique, se rapprochant ainsi de sa défunte femme.

Arrive le jeune Marin Marais, musicien ambitieux, qui veut apprendre l'essence de la musique auprès du maître. Fringant jeune homme, il en profite pour séduire la fille aînée, Madeleine, puis l'abandonne lorsque sa carrière le rapproche de la Cour

 

Admirable réussite que ce film (le livre de Pascal Quignard, qui a participé au scénario, est fort bien également, notez). Bien que l'élément principal en soit la musique, la première chose qui frappe, c'est le silence et les prestations muettes des acteurs : rigueur réfrigérante et deuil chez Monsieur de Sainte-Colombe interprété par Jean-Pierre Marielle, candeur et fragilité d'Anne Brochet (Madeleine), ambition et sensibilité de Marin Marais (le regretté Guillaume Depardieu). La bonne idée, c'est aussi de laisser parler la musique (Corneau est grand amateur de musique baroque et cela se voit), et de rentre hommage, par un splendide travail sur l'image, à la peinture en clair-obscur du XVIIe siècle. Les couleurs saturées et la profondeur de champ rappelle par exemple l’esthétique des vanités.

 

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J'ai d'ailleurs toujours été persuadée que le XVIIe siècle, même celui de la Cour, était silencieux. Les gens ne se racontaient pas. Ni par écrit, ni dans leurs conversations. Pour avoir lu, à des fins de thèse, deux dizaines de milliers de lettres du temps de Louis XIII, je peux vous le confirmer. Ce siècle n'est pas celui de l'émotion ni du sentiment : cela viendra plus tard, au temps des Lumières et du bon Jean-Jacques. La discipline du corps et de l'esprit interdisait alors l'épanchement, considéré comme de la sensiblerie. Certes, même le roi pouvait pleurer en public. Mais la psychologie de la parole libératrice n'avait pas encore été inventée. Alors, on se taisait. On se réfugiait dans le silence du couvent, d'un manoir solitaire, des abîmes de la méditation.

Les jansénistes, l'office des Ténèbres du jeudi, la musique salvatrice et le souvenir.  "Douze ans ont passé et les draps de notre lit ne sont pas encore froids". Peut-on faire plus belle déclaration d'amour ?

 

Le film s'ouvre sur le visage de Marin Marais âgé, qui se rappelle peut-être, devinerons-nous, ses années d'apprentissage et d'amourette, mais aussi le remord d'avoir poussé au suicide la jeune fille qui l'aimait. Le visage de Marais est poudré, fardé, emperruqué. Un masque qui cache tout, qui interdit de savoir ce qu'il y a dans la tête et dans le coeur. Marais se tait. Plongé dans sa méditation, il essaie d'échapper au bruit de ses élèves musiciens qui l'entourent. Il ne dira rien des regrets et de la culpabilité qui le ronge. "Marin Marais fait sa leçon !". The show must go on, pourrait-on ajouter.

Le film repose ainsi sur deux prestations superbes, celles de Jean-Pierre Marielle et d'Anne Brochet. Le père qui cache sa douleur d'être veuf, et qui ne saura pas empêcher sa fille de se laisser mourir. La fille séduite et délaissée, aux yeux bleus démesurément agrandis par la souffrance amoureuse qui la ronge. Il n'y a pas de "travail de deuil" de l'amour ou de la mort au XVIIe siècle. L'on souffre en silence et l'on continue de vivre - ou pas. Les blessures et les obsessions ne sont jamais dites.

 

La vie de Sainte-Colombe est aussi celle d'un refus absolu du monde, de ses corruptions, de ses compromis. Le veuf a définitivement renoncé à la Cour et à ses pompes. Vêtu de noir, à l'ancienne, vivant à la campagne loin de la société élégante, il s'oppose à l'ambitieux Marais, qui veut devenir musicien non pour lui mais pour le public, non pour l'art mais pour la gloire. Marais est vêtu selon la nouvelle mode, il portera plus tard l'habit de cour, rubans et perruque bouclée à la clef.

 

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Marais préfère les salons de Versailles, lieu d'agitation et de vie, à la solitude d'une mare et de la cabane où Sainte-Colombe trouve la sérénité et l'insipration musicale qui lui permet de retrouver sa femme. Marais est du côté de la vie, de l'action, tandis que Sainte-Colombe est tourné vers la mort qui fait intimement partie de la vie - thème par excellence de l'époque baroque. Ce n'est que dans sa vieillesse que Marais souhaitera lui aussi échapper à la Cour mais il est trop tard, il est condamné à se taire et à mener la dure vie de courtisan.

(Qualité médiocre, qui devrait vous inciter à acheter le DVD, et toc).

 

L'un des noeuds de la compréhension du XVIIe siècle réside là, à mon humble avis. Dès les années 1620 par exemple, La Mothe Le Vayer évoque la nécessité pour l'homme d'échapper à « l'air contagieux qu'on respire dans la conversation des hommes de ce siècle ». Une tradition éthique et politique avait précédemment mis en valeur la participation active à la vie publique, dans laquelle la prise de responsabilités publiques pouvait être la forme la plus complète de la moralité. Cependant, les moralistes reviennent sur cette idée : la pensée du XVIIe siècle voit en effet l'émergence d'une attitude de méfiance quant à la possibilité d'une valeur morale de l'expérience du siècle. Cela débouche sur une série d'affirmations et de lieux communs, qui justifient le désengagement politique et social. Les prises de positions jansénistes recoupent cette pensée. L'idéal dévot et politique des personnages appartient résolument au passé, tandis que leur austérité et son aspiration à la fuite du monde sont résolument des éléments de nouveauté qui caractérisent le XVIIe siècle.

 

 

 

Cette scène, où Sainte-Colombe assiste, impuissant, à l'agonie de sa fille (mais refuse de lui jouer l'air anciennement composé par son amant), et où Marais refuse dans un premier temps d'aller voir Madeleine mourante, souligne de façon magistrale l'opposition entre les lieux de la cour et du manoir où vit le gentilhomme janséniste.

Marais adulte, alors interprété par Depardieu père, nous montre un visage d'abord décidé, plein de l'autorité de l'homme qui a réussi et se fait respecter... pour se transformer en masque de remords trop tardifs. Pourtant, il continue de diriger l'orchestre royal. Tous les matins du monde sont sans retour, il est trop tard pour sauver Madeleine. Immense conflit intérieur entre les sirènes du pouvoir et le désir de solitude salvatrice. Mais toutes les grandes douleurs sont muettes et le combat est perdu d'avance. La musique seule apportera une consolation en faisant taire le bruit et la fureur des hommes pour élever leur âme. Marais retrouvera la sérénité en jouant l'air qu'il avait composé pour son premier amour pour en honorer la mémoire.

 

 

Considérations sur la solitude au XVIIe siècle tirés d'un article dont j'avoue humblement être l'auteur, et consacré à la disgrâce de Sublet de Noyers, ministre de Louis XIII.

Prochaine étape : rigolons un peu sur le thème "histoire et délire" avec l'Homme au masque de fer.

 

06.06.2009

Gesamtkunstwerk.

 

Toujours sans paroles, ce n'est pas le moment.

 

 

24.04.2009

Vous saviez...

 

(en réponse à Executionner, cf. commentaires sur post précédent)

 

Mircea Eliade, en 1956, écrit une Lettre ouverte à Pablo Picasso :

 

Dans les années où la peinture était systématiquement détruite en URSS et dans les démocraties populaires, vous prêtiez votre nom aux manifestes qui glorifiaient le régime de Staline (...). Votre poids pesait dans la balance et ôtait l'espoir à ceux qui à l'Est ne voulaient pas se soumettre à l'absurde. Personne ne peut dire quelles conséquences aurait pu avoir votre protestation catégorique à tous (...) contre le procès de Rajk par exemple. Si votre appui à la terreur comptait, votre indignation aurait compté aussi (..).

 

 

Cité par Elisabeth du Réau, L'Idée d'Europe au XXe siècle, des mythes aux réalités, Bruxelles, Complexe, rééd. 2008. p. 239-240.

 

 

14.04.2009

Le XVIIe siècle en film. 1. Les trois mousquetaires, de R. Lester (1973).

 

 

Voilà longtemps que j'ai envie d'inaugurer une série de "critique ciné" à ma façon, consacrée à des films représentant le XVIIe siècle. À tout seigneur tout honneur, je commence par un des films fétiches de Chéri, qui m'a donné le virus. Je suis nulle en critique ciné, mon but n'est pas de singer les Cahiers du cinéma, mais de montrer les évolutions du XVIIe siècle dans le "septième art", comme on dit. Et il y a matière à rigoler.

 

À partir de 1973, Richard Lester, cinéaste peu prolifique, réalise trois films dont l'intrigue est tirée des romans de Dumas. Les deux premiers, Les Trois mousquetaires et On l'appelait Milady, correspondent aux Trois mousquetaires de Dumas : le premier volet consacré à l'affaire des ferrets de la Reine, le second à la vengeance puis à la chute de Milady. Le troisième, Le retour des Mousquetaires, s'inspire de loin de Vingt Ans Après. Il est du reste plus dispensable, et j'en parlerai peu.

 

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Le film était destiné à attirer par la palette de stars qu'il réunissait. Charlton Heston, Raquel Welch, Jean-Pierre Cassel, Faye Dunaway, Olivier Reed, Geraldine Chaplin, Georges Wilson, bref, que du bon. Ils sont tous là >>>. Les costumes rappellent vaguement les photos du théâtre français des années 1950, comme on avait dans nos éditions de Molière, au collège : XVIIe un peu toc, mais plutôt bien imité. Un peu vieilli : on fait bien évidemment mieux aujourd'hui, surtout quand on va tourner à Versailles où à Vaux-le-Vicomte. Là, les mousquetaires évoluent entre studios et plateaux de tournage en Espagne, ce qui donne des éléments pittoresques, comme par exemple lorsque les mousquetaires sont censés aller de Saint-Germain en Laye jusqu'en Angleterre chez Buckingham : Lester les filme cavalant dans le désert. Or j'ai beau avoir regardé ma carte de France et révisé l'Histoire du Climat de Le Roy Ladurie : au XVIIe siècle comme aujourd'hui, entre l'Ile de France et l'Angleterre, y'a pas de désert.

 

 

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Passons aussi sur la scène finale de On l'appelait Milady, supposée se passer dans un couvent proche de Béthune, où Milady réussit à assassiner Constance Bonacieux : le couvent de Béthune devient un somptueux couvent baroque en pleine Castille. Magnifique au demeurant, mais Béthune, c'est quand même plus verdoyant que la sierra. Bref.

On peut également s'amuser à relever un Louis XIII caricatural de nullité, incarné à la perfection par Jean-Pierre Cassel, et rire devant la médiocrité de la technique de la nuit américaine, mais que voulez-vous. De même, la furieuse tendance de la caméra à vouloir absolument faire entrer les quatre amis dans le même plan, finit par lasser. Mais le carton-pâte et le cliché, quand c'est bien fait, on peut aussi trouver ça bien.

 

 

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Une partie d'échecs de taille... royale !

 

Le film entier est une carte postale sur laquelle les acteurs se déchaînent. Tout y est un plaisant cliché : les soldats du cardinal sont balafrés et ont l'air méchant (mais alors très très méchant), les gentils sont très très gentils. Tantôt burlesque (scène où les mousquetaires subtilisent leur nourriture dans une auberge en simulant une bagarre), tantôt très émouvant.

On fera honneur à la prestation de Charlton Heston, somptueux cardinal de Richelieu, courbé par les ans mais majestueux, l'oeil vif, le sourire carnassier. On n'en dira du reste pas autant de Philippe Noiret en cardinal Mazarin, qui a l'air de s'ennuyer au-delà de l'entendement dans le troisième volet. Richelieu apparaît comme un redoutable politique, mais qui sait aussi perdre pour sauver la face et les intérêts du roi. Un méchant, mais surtout un très grand homme. Et puis Charlton Heston, quoi.

 

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Les mousquetaires sont tous très réussis : Michael York en d'Artagnan a l'air couillon et provincial, ce qu'est le personnage. Donc, c'est parfait

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D'Artagnan découvre sa piaule chez Bonacieux...
en fait, plus précisément, il vient d'apercevoir madame Bonacieux...

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Ah bah oui, hein, quand je dis l'air couillon, j'ai mes raisons... mais le personnage est couillon !
C'est de loin le moins subtil des mousquetaires, à mon avis.

 

Olivier Reed, grande prestance et triste oeil bleu, est un Athos abimé par la vie mais portant haut son honneur. Aramis est beau, très beau, sourire charmeur et oeillades en cascade, jouant à merveille sa qualité de "mousquetaire par intérim", en attendant d'être prêtre. Richard Chamberlain rend à merveille les ambiguités du personnage, qui n'est pas le dévot bigot mais contrarié qu'on en fait souvent : au contraire, c'est plutôt un libertin à la manière de Cyrano de Bergerac, un noble personnage hésitant entre la vie de noble et les aménités qu'elle apporte, et ses aspirations spirituelles. Le personnage de Porthos, incarné par Frank Finlay, est également rendu avec une gande finesse : ce n'est pas l'espèce de bourrin "gros dur au coeur tendre" qu'on voit souvent, mais également un noble personnage, un peu rude certes, mais surtout abimé comme les autres par les déceptions de la vie militaire, qui permet parfois de s'illustrer, mais surtout de souffrir pour le service d'un roi pas toujours très reconnaissant.

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Les scènes militaires sont également remarquables : pas sanglantes (le soldat Ryan, c'est plus tard), superbes, juste assez grandiloquentes : pour le siège de La Rochelle, il faut bien un peu en rajouter, sinon c'est pas la peine. Mais également très mélancoliques : tant d'efforts héroïques, si peu récompensés...

Les femmes ne sont pas en reste. Raquel Welch est quelque peu sous-employée mais elle joue à merveille Constance Bonacieux, un peu cruche, dépassée par les événements. Dommage que son mari soit joué sur le mode de l'imbécile à moitié sénile, du reste. Mais bon, Raquel Welch est splendide, et sa poitrine aussi, ce qui est confirmé par les regards éloquents qu'y jette d'Artagnan.

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Geraldine Chaplin est remarquable de dignité (sauf dans le troisième volet).

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Et Faye Dunaway en Milady... Eh bien, elle est géniale de machiavélisme tout en retenue. Elle rend aussi parfaitement l'injustice profonde du sort de Milady, qui devient diabolique parce que les hommes l'y poussent : condamnée pour une broutille, elle devient paria, intouchable, condamnée une deuxième fois par Athos puis par tous les autres : quand on y réfléchit deux secondes, elle se bat avec les mêmes armes que ceux qui l'ont déjà détruite. Dumas, premier féministe ? Je l'ignore. Mais quand on relit le bouquin, la question du personnage de Milady est bien plus complexe qu'il y paraît quand on a dix ans et qu'on découvre Dumas.

 

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Quoi qu'il en soit, les acteurs principaux sont tous excellents et d'une remarquable finesse : on n'en dira pas autant des caricatures de Trois mousquetaires qui ont pu être faites en France au même moment. À la fois glamour (ah, Simon Ward en duc de Buckingham, quel beau gosse !), drôle (ah, la baston finale, d'Artagnan escaladant un lierre et Planchet déguisé en ours),  plein d'entrain (cavalcades et duels sont au rendez-vous, tchaf, tchaf !), les deux premiers opus sont très réussis.

Le troisième, vous l'aurez compris, est plus dispensable : outre un scénario en roue libre, la suppression du personnage de Mordaunt au profit d'une jeune femme qui serait la fille de Milady et de Rochefort, incarnée par Kim Cattrall (aujourd'hui Samantha dans Sex and the City, o tempora, o mores), aurait pu être une bonne idée, mais n'est qu'un prétexte à montrer des poitrines gonflées sous le pourpoint... bof, au bout d'un moment, c'est lassant. Les acteurs sont vaguement vieillis (en gros, on leur blanchit la moustache) et deviennent patauds. Même les scènes de duel deviennent ennuyeuses, un comble.

 

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Quelques éléments bien trouvés cependant : une maison regorgeant de pièges et de mécanismes secrets actionnés par des nains, un duel sur un lac gelé, un envol en mongolfière... mais plus aucune finesse. Dommage. On notera que l'ambiance du tournage fut du reste réellement plombée par la mort de l'acteur incarnant Planchet, d'une chute de cheval pendant une cascade.

 

Bilan :

Une série de films remarquablement intelligents dans la compréhension de la finesse des personnages de Dumas, malgré la lourdeur du dernier opus. Une belle fable sur l'honneur, émouvante et digne. Je pense notamment à cette réplique marquante d'Aramis, à la fois noble et désabusée : quand, à la guerre, le roi dit "Battez-vous", on se bat. Alors allons nous faire tuer là où on nous dit d'aller, la vie vaut-elle de faire tant de question ?". Malgré le côté carton-pâte parfois outrageant et vieilli, un XVIIe siècle dont la pacotille n'est qu'apparente.

J'insisterai notamment sur la représentation des mousquetaires, ces nobles personnages prêts à se faire tuer pour un roi ou une reine, sans que cela soit toujours reconnu : après tout, les mousquetaires sont à peine remerciés par la reine pour l'affaire des ferrets, et l'héroïsme de La Rochelle restera inconnu du roi. Le drame de d'Artagnan - la mort de Constance - est purement gratuit, injuste. Ces hommes ont tout à perdre et pas grand-chose à gagner. Quelques années après la mort de Louis XIII (dont je déplore la caricature dans ce film, où il paraît vraiment débile, ce qu'il n'était pas, et incapable, alors qu'il fut un chef de guerre remarquable), ces mêmes hommes se révolteront et se déchireront : on se rappelle qu'Athos et Aramis choisissent le parti de la Fronde, tandis que d'Artagnan et Porthos choisiront sans vraiment savoir pourquoi, le parti du roi, mais plus par intérêt que par conviction.

La grande intelligence de ce film, justement, est de mêler le burlesque au romanesque : les gages renforcent l'absurdité des vies de ces mousquetaires, chevaliers à la triste figure autant que Cid campeador. Baroques, sublimes et profondéments humains.

 

prochain opus : Louis, Enfant Roi, de Roger Planchon.

 

 

11.03.2009

Des pages, des pages, encore des pages.

 

 

Ce qu'il y a de bien quand on vient de terminer les écrits d'un concours, c'est qu'on peut se remettre à lire des vrais livres, avec des histoires et même des images dedans. Mardi soir, j'en a commencé trois. Un dans le métro, un en bouffant mon saladier de pâtes (bin oui pendant l'épreuve de cinq - sept à l'agreg - heures on n'a pas vraiment le temps de bouffer, donc on a faim en sortant), et un le soir avant de pioncer. Oui, je lis toujours plusieurs livres à la fois, car je suis complètement fêlée, c'est entendu.

Le premier est le Club Dumas d'Arturo Perez-Reverte, qui a inspiré, mais d'assez loin, Roman Polanski, pour Les Neuf Portes. Mais si enfin, le film où Johnny Depp est tellement charmant avec ses lunettes cassées. Un vrai roman pour chartiste incurable, avec des histoires de gravures, de livres anciens, de reliures dorées à la plaque ou à la roulette, de manuscrits authentiques. C'est drôlement chouette.

Un petit bémol cependant, les romans d'Arturo Pérez-Reverte ont un côté roman Harlequin, probablement involontaire, mais agaçant. Je m'explique. Dans les romans Harlequins, les héros sont toujours pétés de thunes, passent leur temps dans des hôtels de luxe et visitent des musées sans jamais rien foutre d'autre de leurs dix doigts, boivent des alcools rares et par voie de conséquence très chers, prennent l'avion quand ça leur chante pour passer d'un continent à l'autre, achètent des châteaux et des tableaux de maître.

C'est pas que j'aime le misérabilisme, notez. Quand j'entends Ken Loach, je sors mon revolver. Mais quand même. Le côté roman de friqués inconscients est légèrement casse-pieds. M'enfin je pinaille, on ne s'en rend compte qu'au bout du sixième bouquin. Et sinon il y a toujours un photographe dans les romans d'Arturo Perez-Reverte, mais c'est normal parce que le type est ancien journaliste de guerre, donc ça le travaille un peu de ce côté là. D'ailleurs, son dernier bouquin est une histoire de peintre ancien photographe de guerre, qui revoit un soldat croate photographié par lui pendant la guerre en Yougoslavie, et c'est absolument génial. Passionnant. Terrifiant aussi, malgré le côté très gros bourgeois là encore.

 

 

Le deuxième est un bon vieux thriller qui se passe à Nouillorque où on retrouve des tas de cadavres de gens assassinés par un type au XIXe siècle et qui continue d'assassiner d'autres gens, parce qu'il n'est pas mort. Rien à dire, c'est chouette. À vocation cathartique pour agrégatif à pulsions de meurtres quand on lui parle jury et hors programme. Excellent, 700 pages, bon rapport poids-qualité-prix.

 

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Le troisième est un autre truc pour historiens à tendance perverse, mais pour une fois, c'est un truc qui a remporté un prix en le méritant. Il s'agit du prix médicis 2008, Là où les tigres sont chez eux, de Jean-Marie Blas de Roblès. Déjà, avec un nom pareil, on ne peut qu'être un type bien. Et un titre pareil donne forcément envie. L'auteur est une sorte de Le Clézio mâtiné de Jean-Christophe Rufin, bref c'est un bonhomme qui voyage, le plus souvent en Afrique et au proche orient, et qui écrit des livres drôlement chouettes (oui j'aime Le Clézio, bordel, on ne peut pas être réac sur tous les points, que diable). En plus, le bonhomme est archéologue, ce qui me le rend d'autant plus symathique.
Quant au bouquin, vous allez vous foutre de ma gueule, mais l'intrigue tourne autour d'un bon père jésuite du XVIIe siècle, le père Athanase Kircher, qui était l'un de ces types à peu près omniscients comme seule l'ancienne société européenne savait les faire. C'est drôle, brillantissime, instructif, réjouissant.

D'ailleurs, avec un tel personnage, qui s'intéressait tant aux micro-organismes qu'aux hiéroglyphes qu'il crut un temps avoir déchiffrés, qui descendit dans le cratère de l'Etna pour observer une éruption, qui créa le premier musée d'ethnographie, et qui poussa le raffinement dans l'exégèse jusqu'à calculer les dimensions de l'arche de Noé, on ne pouvait que pondre un bouquin d'enfer.

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Et puis sortir un aussi chouette pavé dans le métro, c'est tout de même plus classe que Millenium ou les grosses daubes de Stéphenie Meyer avec ses vampires débiles et efféminés. Voilà. Et puis les jésuites, c'est toujours drôle.






09.03.2009

La passion selon Saint Agrégatif d'Histoire, 3. Rigoletto.

 

(ouais, les brèves du lundi, ce sera demain, histoire de faire comme si en fait aujourd'hui n'avait pas existé, parce que passer un concours, c'est pas une vie).

 

Merci les copains, merci d'avoir prié le ciel de faire tomber l'épreuve d'histoire moderne (enfin, pas la contemporaine, quoi) en ce jour béni d'épreuve de compo d'histoire du capes.

Youpie.

 

Merci aussi de vos petits mots, textos, mails, encouragements divers.

 

Ah le sujet ? "les minorités religieuses et la défense de leur foi, en Europe, XVIe-XVIIe".

 

Une petite gravure du Théâtre des Cruautés de notre temps, de l'illustre Richard Verstegan, pour vous mettre dans l'ambiance (ci-dessous, des vilains protestants torturent joyeusement des gens, probablement un prêtre catholique, décidément, on savait rigoler à cette époque).

 

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19.02.2009

(interlude révisionnel)

Pour sauver la princesse de Clèves, allez donc faire un tour chez Léopold.

 

Là : http://lesotdelange.blogspot.com/.

 

à bientôt !

13.02.2009

L'expérience de la cruauté.

 

 

J'ai cessé d'englober la quasi-totalité de mes semblables dans un mépris universel le jour où j'ai quitté le lycée. La raison pour laquelle leur vue me filait la nausée n'est pas le but de mon propos, même si je pourrais disserter des heures sur la laideur de ces filles trop grasses, saucissonnées dans des tissus bon marché, maquillées avec toute l'énergie que donne le mauvais goût. Ou encore sur ces godelureaux boutonneux, engoncés dans l'obsession de prouver une virilité peu convaincante. Ils étaient haïssables, laids, incultes, à vomir.

Je les méprisais, ils me le rendaient bien, autant dire que les vaches étaient bien gardées.

Avec quelques amis, nous trouvions un plaisir sans pareil à étaler entre nous notre amour de la peinture, de l'histoire, de l'art, de la musique et de la littérature, en termes les plus châtiés possible, afin d'étouffer dans l'oeuf la moindre velléité qu'un de ces "autres" aurait pu avoir de nous adresser la parole. Nous passions au mieux pour de doux dingues, au pire pour un groupuscule d'invertis et de déjà vieillies filles aigries.

Nous nous vengions souvent, composant des épigrammes perfides, ou versant carrément dans l'ordurier. En première notamment, alors que je venais de découvrir les joies et les ors du XVIIe siècle, nous nous emparâmes de la forme des mazarinades (note de l'historien de passage : mazarinade : poème ou texte plus ou moins ordurier visant à décrédibiliser la politique et les moeurs de Mazarin au temps de la Fronde). Tous les monstres qui nous entouraient furent passé à la moulinette de notre rimaillage. Nous brocardions tantôt les bourrelets d'une donzelle, tantôt les manières de l'un des boutonneux, tantôt la propension au léchage de bottes d'un troisième.

Nous étions odieux, cruels, méchants, immonde. Nous en riions avec délectation.

 

Récemment, je me suis rendue compte que je conservais, pour une raison absurde, l'intégralité de mes cours de collège et de lycée. Sans le moindre état d'âme, j'ai tout flanqué à la poubelle. À cette occasion, la liasse de nos oeuvres cathartiques et jubilatoires m'est tombée entre les mains. Si j'en avais le courage, j'en publierais quelques-unes céans. Le problème est que je suis effarée de ma propre cruauté.

 

Quand je parle de cruauté, je pèse mes mots. Vous savez à quoi ça ressemble une mazarinade ? Cela n'est pas très fin, à vrai dire.

Un exemple ?

 

Les couilles de Mazarin,

homme fin

ne travaillent pas en vain

car à chaque coup qu'il donne

il fait branler la couronne.

 

etc, etc.

Tous nos congénères sont écrits en lignes assassines. C'est cruel. Mais qu'est ce que c'était drôle.

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