12.04.2009

Pâques.

 

Thine be the glory, risen, conquering Son;
endless is the victory, thou o'er death hast won;
angels in bright raiment rolled the stone away,
kept the folded grave clothes where thy body lay.

Thine be the glory, risen conquering Son,
Endless is the vict'ry, thou o'er death hast won.


Lo! Jesus meets us, risen from the tomb;
Lovingly he greets us, scatters fear and gloom;
let the Church with gladness, hymns of triumph sing;
for her Lord now liveth, death hath lost its sting.

No more we doubt thee, glorious Prince of life;
life is naught without thee; aid us in our strife;
make us more than conquerors, through thy deathless love:
bring us safe through Jordan to thy home above.

 

Musique : Haendel, Paroles composées par Edmond Bury (1854-1932).

Inspiré du livre de Judas Macchabée, et d'Haendel qui en tira un oratorio.




25.03.2009

Y'en a marre.

 

 

Un très bon commentaire d'un des lecteurs du blog d'Alain Juppé, lequel enfonce le clou en disant que Ouin, il a reçu une volée de bois vert (sic) à cause de ses mots sur le pape, alors que hein, bon, quoi. Cher monsieur "de la motte", commentateur anonyme, merci.

 

 

de la motte 23 mars 2009 à 0:23

Monsieur

j’ai été assez surpris et déçu de vos propos sur le Pape. Je pensais qu’ils avaient été tronqués par les médias, comme ceux du pape. Apparemment ce n’est pas le cas.

Je vous fais suivre mon “coup de gueule” envoyé à quelques journaux la semaine dernière, suite aux propos d’un homme politique (pas vous) déclarant “y’en a marre de ce Pape”, et mentionnant le mot “criminel”.

J’aimerais savoir si vous avez lu le texte intégral de la réponse du Pape. Si c’est le cas, partagez-vous l’opinion de cet homme politique, relayée par les pancartes “Pape assassin” sur le parvis de Notre Dame?

J’espère que des hommes politiques continueront à soutenir la liberté d’expression religieuse, respectueuse de sensibilités spirituelles dont nous aurons besoin pour résoudre ensemble les différentes crises que nous traversons.

Y’en a marre.

J’ai entendu mercredi la réaction d’un homme politique français aux propos tenus par le Pape sur le sida en réponse à la question posée par un journaliste. : « y’en a marre de ce Pape… ». Je m’excuse par avance de ne pas être en mesure de retranscrire l’intégralité de l’intervention.

J’ai cherché à comprendre ce qu’avait réellement dit le Pape, et quel était le message derrière les mots. J’ai eu du mal à trouver le texte complet de la réponse du Pape. Je me suis fait mon opinion : Moi aussi « Y’en a marre », mais y’en a marre d’autre chose :

Y’en a marre que les médias, dont internet ne mettent pas en avant le thème central de la visite du Pape, la réconciliation, la justice et la paix en Afrique.
Y’en a marre de ne pas trouver dans les grands quotidiens français (en dehors de la Croix) la déclaration complète.
Y’en a marre des phrases sorties de leur contexte.
Y’en a encore plus marre parce que c’est le fait de tronquer l’information qui enflamme la polémique et peut créer des catastrophes.
Y’en a marre des invectives, des condamnations, des stigmatisations non argumentées.
Y’en a encore plus marre quand les condamnations émanent de personnes qui se prétendent éclairées par la raison.
Y’en a encore plus marre quand ces personnes jugent d’un commun accord avec elles-mêmes que les religions sont antinomiques avec la raison.
Y’en a marre que les médias se limitent à caricaturer.
Y’en a pas marre des caricatures amusantes quand on sent l’humour qui les inspire.
Y’en a marre des caricatures blessantes et inquiétantes parce que l’on sent la fureur qui les inspire.
Y’en a marre des titres racoleurs qui déforment la réalité pour vendre plus.
Y’en a encore plus marre quand c’est à l’initiative de journaux qui sont par ailleurs très réservés sur le capitalisme.
Y’en a marre que l’on pose toujours des questions au Pape ou au clergé sur les préservatifs : on ne pense qu’à cela ?
Y’en a encore plus marre quand c’est pour dire, s’ils ont l’audace de répondre qu’ils n’ont pas droit au chapitre, et qu’il est scandaleux voir illégal qu’ils s’expriment.
Y’en a marre d’entendre que l’Eglise ne fait rien contre le Sida et de voir le contraire.
Y’en a marre de ne voir que les réactions d’une partie de l’opinion d’une partie de l’Occident.
Y’en a marre de voir cette réaction considérée comme la réaction planétaire unanime.
Yen a marre que l’on ne parle pas du sujet de l’humanisation de la sexualité et de son impact sur le sida.
Y’en a marre qu’il soit interdit de penser que les campagnes publicitaires de distribution de préservatifs peuvent contribuer à déshumaniser la sexualité.
Y’en a marre de ces séries de réactions déformant les propos et les messages : ce n’est pas la première fois.
Y’en a marre que l’on rejette une personne qui parle de « renouveler l’homme intérieurement » à une époque où beaucoup concordent sur cette nécessité compte tenu de la crise économique, de la crise écologique, qui touchent d’abord les plus pauvres.

Ceci étant dit, j’espère qu’un débat sincère et respectueux des parties se développera sur ce sujet comme sur d’autres. J’y crois, il faut avoir foi en la raison.

 


14.02.2009

Le saint du jour.

 

 

- Et tu fais quoi ce soir ? Avec ton Homme ?

Demande-t-elle d'un air gourmand d'anecdotes croustillantes à venir. J'affecte un air innocent même si je commence à bouillir : d'abord, le concept de saint Valentin me porte sur les nerfs, et deuxièmement, l'expression "mon homme" me file de l'urticaire.

- Moi ? Ce soir ? Avec mon fiancé (insister sur ce mot) ? Bah euh, rien, pourquoi ?

- Mais enfiiiiiin, la fête des amoureux, le saint du jour, tu sais bien quoiiiiiii...

 

Et là, je prends mon sourire le plus suave :

- Je suis heureuse que tu penses toi aussi à fêter ce jour important. (elle sourit). Peut-être le plus important de l'histoire de l'Europe (elle fronce le sourcil). Si, si, j'insiste (prend un air interrogateur).

- Mais heu, tu n'es pas sérieuse ?

- Bien sûr que si. J'ose même affirmer que l'on doit aux saints Constantin-Cyrille et Méthode, apôtres des Khazars, des Slaves, des Bohêmiens et des Moraves, la première réelle expansion de la chrétienté. J'ose affirmer que ce 14 février où nous fêtons la mémoire de ces deux patrons de l'Europe est un grand jour de fête. (elle se décompose).

Elle m'a souhaité le bonsoir et est partie en haussant les épaules alors que je m'apprêtais à entamer mon discours sur les racines chrétiennes de l'Europe et sur le rôle de l'alphabet glagolitique. Dommage.

 

 

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Eh ouais, je conchie la Saint Valentin. La fête des namoureux, c'est vraiment rien que du plastique. L'évangélisation des barbares, ça n'est pas tout à fait le même calibre.
Je suis une emmerdeuse, je sais. Mais j'aime ça (voie médio-passive, en grec).


09.02.2009

Les brèves du lundi, 14. Les résultats de l'élection du Punk à diplômes 2008.

 

 

1. La grande élection du punk à diplômes 2008 est terminée. Finie. A pu, comme dirait mon petit cousin. Qu'est-ce qu'on s'est marrés. Je vous livre les résultats - demain, vous aurez droit à l'analyse statistique, et on va se marrer deux fois plus. Je vous remercie d'avoir voté, je remercie surtout Chéri, support technique de cette formidable aventure.

 

2. Sans grande surprise, c'est Vladimir Poutine qui l'emporte dans la catégorie "la politique c'est fantastique". Ses phrases-choc, ses yeux bleu, ses biceps, son charisme naturel (si, si) ont conquis vos coeurs, et je vous en félicite.

Vladimir Poutine gagne un café que ses concurrents malheureux lui paieront dans un troquet place de la Sorbonne, et mon exemplaire du Monde Russe de Denis Eckert, illustre manuel de géographie à destination des futurs professeurs, presque pas surligné, presque pas lu d'ailleurs.

 

3. Sans grande surprise non plus, Benoît XVI a écrasé tous ses concurrents dans la catégorie "Urbi et Orbi". Ce qui est la moindre des choses, tout de même.

Benoît XVI gagne donc aussi un café aux frais de ses concurrents, mais comme il ne peut pas se déplacer tout le temps, ce sera un café via della conciliazione, à Rome. On lui doit bien ça. Comme autre cadeau, je demande aux catholiques qui passent par ici de bien vouloir aller signer là : http://www.soutienabenoitxvi.org. Ceux qui n'approuvent pas me comprendront au moins, je l'espère.

 

4. Dans la série "Blogueurs", malgré un bref coude à coude titanesque avec Fromage +, j'ai l'honneur et l'avantage d'annoncer que le grand gagnant est l'Amiral Woland. Voilà, c'est son cadeau de mariage de la part des blogs réacs, pour lui permettre de frimer devant Madame. Mis à part l'estime et l'hommage des blogueurs, l'Amiral Woland gagne un café comme les autres, mais au Bombardier, et un exemplaire des Pensées de Pascal portant comme dédicace "à Woland, avec le regret de ne pas l'avoir connu. Blaise Pascal".

 

5. C'est , à ma grande joie, Jérôme Kerviel qui a remporté vos suffrages dans la catégorie "Punks à diplômes et à pognon". On lui offre un café payé par la revente d'une des montres de Julien Dray et de Nicolas Sarkozy (et ça fait du bon café, à ce niveau-là). Jérôme Kerviel remporte également mon vieux Monopoly, qui traîne chez mes parents, lesquels seront probablement ravi de s'en débarasser (du Monopoly).

 

6. Dans la série "Punks qui rigolent en attendant le réchauffement climatique", Didier Super a surpassé les autres. On lui offrira un café n'importe où en ville ou dans le ch'Nord, ainsi qu'un cd de Jean-Luc Le Ténia, dont la production lyrique hautement contestataire lui plaira sûrement.

 

7. À demain donc, pour une analyse sociologique des votes. On vient chercher ses lots chez moi, rue des gens bien, dans arrondissement bobo, capitale de la France. Merci encore à tous.

 

 

18.09.2008

Un peu de lecture.

Les amis, prenez donc le temps d'aller jeter un oeil sur ce très chouette texte de Didier Goux.

L'argument des marchands du temple.

Or donc, la dame du château m'emmena un jour à Ars. Il faut voir ça, c'est important. Et quand Madame la Comtesse dit quelque chose, je crois bien qu'elle n'entend pas que sa volonté ne soit point faite.

 

J'allai à Ars voir la ville du saint curé, avec dans l'idée d'y trouver un mini-Lourdes, ses pèlerins, ses statues en plastique. De ce point de vue, je fus déçue. De magasins à statue en plastique, bernique : trois-quatre petites échoppes réparties en quatre rues. Plus un musée avec des figurines de cire grandeur nature, avec dix-sept tableaux figurant la vie de Jean-Marie Vianney.

L'argument de la fausseté, de l'hypocrisie, de la fausse humilité de l'Église, des marchands du temple, tout ça, on le retrouve souvent dans les commentaires haineux des lecteurs du Monde (ou de beaucoup de bouffeurs de curés tel que l'on peut en fréquenter dans la vie de tous les jours). Et que ça bave sur Lourdes, et que ça bave, et que ça dénonce les "usines à fric" de l'Église. Pourtant, la comparaison avec les marchands du temple que l'on trouve dans l'Évangile est tout ce qu'il y a de plus inapproprié.

D'abord, les marchands du temple, sont installés dans le temple. Ensuite, ils vendent des objets sans lesquels il était impossible de pratiquer le culte : oiseaux pour offrandes, animaux divers pour le sacrifice, encens, etc. Que je sache, à Lourdes, à Ars, à La Salette, rien de vous oblige à acheter une Marie en plastique pour mettre votre flotte bénite dedans.Ensuite, dans le lieu saint, à part la vente de cartes postales (discrète et placée dans un coin), l'immonde pompe à fric de l'Église est tout de même peu visible. Est-ce à dire que l'argument des marchands du temple est on ne peut plus débile ?

 

Toujours est-il que je me rendis à Ars et que je fus surprise de l'ambiance de spiritualité puissante que j'y trouvai. Cette petite bourgade perdue dans le paysage des Dombes est bien éloignée de l'idée que j'avais du sanctuaire. Deux cent habitants, mais quatre cent cinquante mille pèlerins ! Et moi qui avais dans l'idée un curé d'Ars plutôt gnan-gnan, j'y ai découvert une personnalité forte et amusante, attentive à tous et en particulier aux femmes (fondation d'écoles de filles), dotée d'un grand sens de l'humour.

Alors certes il y a le côté patapouf-plouf du sanctuaire, avec une basilique dans le plus pur style crème fouettée du XIXe siècle, mais il y a aussi la chaleur d'une petite église de campagne, cette chaleur grâce  à laquelle on revient chez soi avec une foi prête à déplacer les montagnes.

 

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15.09.2008

Foi et culture. L'exigence de l'intelligence.

Samedi, LA grande expérience. D'abord, dépasser mon agoraphobie (oui, un groupe de plus de 30 personnes me fout une trouille démesurée). Donc, affronter les 300 000 personnes rassemblées dans une ambiance à la fois joyeuse et recueillie sur l'esplanade des Invalides. J'en suis revenue avec une sensation de bonheur chaud et revigorant.

 

Je suis bien désolée de n'avoir pu assister au discours de notre Saint Père au collège des Bernardins. Heureusement, la joyeuse équipe de la fameuse réacosphère (vous savez, les vilains conspirateurs, des vieux réacs, tout ça) a eu la bonne idée de le mettre en ligne, . Merci à eux.

23.12.2007

Noël, joyeux Noël !

Dans une boîte en carton

sommeillent les petits santons :

Le berger, le rémouleur

et l'enfant jésus rédempteur. 

Le ravi qui le vit

est toujours ravi,

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les moutons en coton

sont serrés au fond.

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Un soir alors

Paraît l'étoile d'or.

Et tous les petits santons

Sortent de la boîte en carton.

Naïvement, dévotement,

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ils vont à Dieu

Porter leurs voeux.

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Et leur chant

Est touchant :

"Noël, Joyeux Noël !

Noël joyeux de la Provence !" 

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01.08.2007

La saga de Saint Ignace (1)

Bon, j'aurais dû le faire hier, mais j'étais super occupée à transcrire un devis de palissades pour la forteresse de Ham en 1635, alors j'ai pas eu le temps. Mais je rattrappe l'outrage fait à mon meilleur ami, pour des raisons de voeu fait en prépa, Saint Ignace de Loyola, et entreprends ici de raconter (en plusieurs fois, parce que ça risque de prendre du temps, c'est qu'il en a fait des choses le bougre).
 
J'entame donc ....
 
La Saga Saint Ignace!
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I. de l'hidalgo au converti. 
 
 
c1ca7016471d8b7c539c25e6d8224ea7.jpgEneko (Iñigo en castillan, vous mourrez moins bêtes en sachant ça) est né dans le château de Loyola que l'on peut voir ci-contre, en plein milieu de la province de Guipuzcoa, en Espagne. Son nom, Iñigo, vient de Saint Enecus (Innicus), père-abbé d'Oña; le nom Ignatius fut pris plus tard, lors de son installation en Rome, parce que ses petits camarades devaient se moquer de son prénom imprononçable. J'ai parlé de château? C'est que le brave garçon était le dernier né d'une fratrie de 13 enfants (ce qui suppose bien du malheur pour Madame sa mère, mais passons), Ignace grandit au sein d'une famille de la petite noblesse basque, alliée traditionnelle de la maison de Castille. Il a seulement sept ans quand sa mère, Marina Saenz de Lieona y Balda, mourût et il noue une relation forte avec son père, don Beltrán Yañez de Oñez y Loyola. Deux conclusions s'imposent : la première, c'est qu'on peut confirmer le côté comique de l'onomastique espagnole, et la seconde, le fait qu'il est élevé comme un gentilhomme espagnol, dans la piété et le culte de la chevalerie. Et croyez-moi, il n'a pas dû rigoler tous les jours, le petit. (à côté, là, les armes de Loyola). 65ba8e04d1ed21a69162d06eb565eaff.jpg

En 1506, à l'âge adulte -hm, il a environ quinze ans, il fallut songer à en faire quelque chose : Ignace devient page de cour, puis gentilhomme et secrétaire au service d'un parent de sa mère, Juan Velázquez de Cuéllar, trésorier (contador mayor) de la Reine de Castille, Isabelle la Catholique. Il mène pendant dix ans une vie de Cour, comme il le dit dans son Autobiographie : Jusqu'à la vingt-sixième année de sa vie, il fut un homme adonné aux vanités du monde et principalement il se délectait dans l'exercice des armes. Il se lie avec la princesse Catalina, sœur de Charles Quint, séquestrée par sa mère Jeanne la Folle à Tordesillas. Pas la peine d'imaginer quoi que ce soit, je vous vois venir, bande de petits canaillous. Je vous rappelle qu'on a affaire à un gentilhomme espagnol qui n'était pas du genre rigolo. On savait moins s'amuser en Espagne, alors que FRançois Ier, lui, mangeait à pleines mains et se jetait sur tout ce qui portait jupons. 

En 1516, la mort de Ferdinand d'Aragon à qui succède Charles Quint entraine le renvoi de Juan Velasquez et donc d'Ignace, ce n'est pas de chance, il va devoir se recaser. En 1517, noble et précédé de sa petite réputation, il ne trouve pas de meilleure idée que d'entrer dans l'armée du vice-roi de Navarre, récemment rattachée au Royaume de Castille. Le 20 mai 1521, alors qu'il a atteint l'âge de trente ans, il se retrouve à défendre la ville de Pampelune contre les troupes franco-navarraises, qui avec l'appui de François Ier, cherchait à récupérer la couronne de Navarre au bénéfice de la famille d'Albret. Submergés par le nombre, les espagnols voulurent se rendre, mais Ignace les exhorte à se battre. Une jambe blessée, l'autre brisée par un boulet de canon, il est ramené à son château et « opéré » (nous jetterons un voile pudique sur ce passage certainement abominable, pas la peine de vous raconter les réalités de la chirurgie au premier XVIe siècle...) mais sa jambe droite restera plus courte de plusieurs centimètres pour le restant de sa vie, ce qui n'est pas franchement pratique quand on veut bien se donner la peine d'y réfléchir. À Loyola, on peut voir la représentation de notre hidalgo blessé, le visage épuisé mais méditatif, déjà celui du converti?

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Durant sa convalescence, comme tout noble espagnol, il lit du roman de chevalerie. Puis, après avoir tout épuisé et faute d'en trouver de nouveaux, il potasse des livres religieux : une Vie de Jésus ou la Légende dorée. Dans un mélange de ferveur et d'anxiété, il voit en songe lui apparaître "Notre-Dame avec le Saint Enfant Jésus", il rejette "sa vie passée et spécialement les choses de la chair" et ne songe plus qu'à adopter une vie d'ermite et suivre les préceptes de saint François d'Assise et d'autres grands exemples monastiques. Il se décide à se dévouer entièrement à la conversion des infidèles en Terre Sainte. Réfléchissons deux minutes avant de rigoler bêtement : l'ami Ignace a compris qu'avec ses deux pattes folles, pour la carrière militaire, l'héroïsme, tout ça, c'est un peu mort. Alors, pourquoi ne pas être un héros du Christ? L'idée, c'est de faire pareil, mais dans les ordres. Ignace, hidalgo jusqu'au bout des ongles, il foncera dans le tas. 

Après son rétablissement, il quitte en février 1522 la maison familiale pour rejoindre Jérusalem. Arrivé au monastère bénédictin de Montserrat  il se confesse et passe trois jours en prières. Dans la nuit du 24 mars 1522, dans un geste de rupture avec sa vie ancienne de chevalier, il accroche ses habits militaires et ses armes devant la statue de la Vierge Noire. 0022f2749c82163383255e0fdec38fed.gifVêtu d'un simple tissu, l’home del sac reprend la route de Barcelone.

Mais, meurtri par son voyage, ses blessures mal cicatrisées, l'ascèse, il passe plusieurs mois dans une grotte près de la ville de Manresa (Manrèse en français) en Catalogne ou il pratique le plus rigoureux ascétisme. Comment ça, il est pas allé loin? je vous rappelle qu'il a une jambe plus courte que l'autre, hein. Il mène jusqu'au début de 1523 une vie d'ermite au cours de laquelle il commence la rédaction de ce qui deviendra les Exercices spirituels.

Il prend alors comme « pèlerin de Dieu » la route de la Terre Sainte et le 20 mars 1523, embarque pour l'Italie. Béni à Rome par le pape Adrien VI, il continue son périple jusqu'à Venise, et parvient à Jérusalem ou il ne reste que trois semaines en septembre 1523, avant d'être prié par les frères franciscains de quitter le pays. C'est qu'à peine arrivé, il a voulu se balader à sa guise dans les lieux saints, et les franciscains l'ont gentiment refoulé en disant que pas question qu'il fasse n'importe quoi, que l'endroit leur avait été confié par le pape, et qu'en plus lui n'est ni moine ni rien, juste plus ou moins un vagabond. Ignace s'énerve, ne comprend pas que ces espèces de pouilleux de moines franciscains lui fassent la morale, car certes lui ne doit pas payer de mine (le pélerinage, c'est salissant mine de rien), mais il est gentilhomme espagnol, c'est vrai quoi. Il fait un esclandre, crie "montrez-moi vos bulles", tout ça. On lui demande donc de bien vouloir aller voir ailleurs.

Ignace repart donc, passe par l'Italie (c'est alors encore la guerre là-bas, décidément François Ier était un pénible). Il se retrouve à Venise et se convainc de l'absolue nécessité d'étudier pour enseigner. Les franciscains étaient peut-être des crétins à ses yeux, ils ont quand même dû lui mettre une raclée en matière de théologie. PAr ailleurs, mener une vie d'ermite et de semi-vagabond, c'est bien gentil, mais s'il ne se blinde pas en matière de connaissances, il risque de passer au mieux pour un guignol, et au pire pour un hérétique, et on ne rigolait pas avec ces choses-là à l'époque où un moine légèrement excité nommé Luther commençait à faire parler de lui. Après la méthode religieuse mise au jour dans les Exercices, la conviction du rôle des études va être une autre des caractéristiques du futur projet jésuite. Il est de retour à Barcelone en mars 1524, et les choses sérieuses commencent.

14.07.2007

Saint Camille de Lellis

Le 14 juillet, c'est la fête nationale, la Bastille, tout ça. C'est aussi le jour où l'on honore, s'il vous plaît, mon saint patron, cher à mon coeur par dessus-tout.

Saint Camille de Lellis fut quelqu'un de bien (la preuve, c'est qu'il est saint), qui fut le fondateur de l'ordre des clercs réguliers pour le service des malades. Il naît dans les Abruzzes le 25 mai 1550. Orphelin jeune, sans fortune, plus ou moins livré à lui-même, il mène comme on dit "une jeunesse dissipée". Dans une Europe frappée de plein fouet par les Réformes, ce fils d'un officier qui avait servi dans les armées napolitaines et les armées françaises s'engage à son tour dans l'armée au service de Venise puis de Naples, alors aux mains des Espagnols, dans le but de combattre les Turcs, et ce jusqu'en 1574, quand son régiment fut dissous. L'année suivante, c'est Lépante et son formidable retentissement dans la Chrétienté. Difficile d'imaginer que Camille de Lellis ne fut pas tout comme ses contemporains marqué par cette année. C'est d'ailleurs au début de l'année 1575 qu'il se convertit.

Pendant son temps de service il devint un joueur invétéré au point que ses pertes au jeu le réduisirent parfois au dénuement. La bonté envers lui d'un moine franciscain l'incita à demander son admission dans cet ordre, mais on le refusa. Il se rendit alors à Rome, où il obtint, après s'être essayé à divers métiers un emploi à l'Hôpital des Incurables. Ce qui l'avait surtout incité à y aller était l'espoir qu'on guérirait les abcès de ses pieds dont il avait longtemps souffert. Il fut chassé de l'hôpital à cause de son tempérament querelleur et de sa passion à jouer de l'argent, ce qui sous-entend que notre ancien soldat ne s'était pas tout à fait débarassé de ses habitudes de soudard dans l'armée espagnole. Géant de près de deux mètres de haut, affecté par une blessure dont il souffrira toute sa vie, belle métaphore de la condition humaine, il semblait douteux qu'il devînt saint. Enfin, devenir saint, ça prend du temps et puis on a plus de mérite quand on revient de loin, demandez à SAint Augustin. 

De nouveau et tant qu'à faire, il devint soldat dans l'armée vénitienne et prit part à la campagne contre les Turcs en 1569. Après la guerre il fut employé par les capucins à Manfredonia dans un nouveau bâtiment qu'ils étaient en train de construire. Sa vieille habitude de jouer continua à le poursuivre, jusqu'à ce qu'une admonition du gardien du couvent l'eût si bien convaincu qu'il résolut de se réformer et, comme il ne faisait rien à moitié, il demanda carrément à entrer dans l'ordre. Il fut admis dans l'ordre comme frère lai, mais bientôt écarté en raison de son infirmité. Il alla de nouveau à Rome, où il revint dans l'hôpital où il avait été auparavant et, après une amélioration temporaire de ses ennuis de santé, il y devint infirmier et, ayant gagné l'admiration de l'institution par sa piété et sa sagesse, fut nommé directeur de l'hôpital.

Le récit de sa conversion est pour le moins pittoresque : le 2 février 1575, jour de la purification de la Vierge, en revenant d'une course faite à cheval, pour le service du monastère, il est pénétré d'un vif rayon de la lumière divine et se jette à terre, saisi d'un profond repentir, en versant un torrent de larmes: "Ah! Malheureux que je suis, s'écria-t-il, pourquoi ai-je connu si tard mon Dieu? Comment suis-je resté sourd à tant d'appels? Pardon, Seigneur, pardon pour ce misérable pécheur! Je renonce pour jamais au monde!"

Dans cette fonction, il essaya de fonder un ordre d'infirmiers laïcs, mais on s'opposa au projet et, sur le conseil de ses amis, parmi lesquels son guide spirituel, saint Philippe Néri, le fondateur de l'Oratoire, il résolut de devenir prêtre. Il avait alors trente-deux ans et commença à étudier le latin au Collegio romano, chez lez Jésuites. Il établit ensuite son ordre, les Pères de la Bonne Mort (1584) et imposa aux membres le vœu de se consacrer aux victimes de la peste ; leur travail ne se limitait pas aux hôpitaux, mais il comprenait le soin des malades dans leurs maisons. Le pape Sixte-Quint confirma la congrégation en 1586 et décréta qu'il devrait y avoir élection d'un supérieur général tous les trois ans. Camille fut naturellement le premier et après lui ce fut un Anglais, nommé Roger. Tout cela nous ramène évidemment au fourmillement de créations d'ordres religieux et de congrégations de prêtres de la Réforme catholique. 

Deux ans plus tard une maison fut établie à Naples et c'est là que deux membres de la communauté gagnèrent la gloire d'être les premiers martyrs de charité de la congrégation, en mourant dans un vaisseau qui avait été mis en quarantaine dans le port et qu'ils avaient visité pour soigner les malades. En 1591 Grégoire XIV érigea la congrégation en ordre religieux, avec tous les privilèges des mendiants. Elle fut à nouveau confirmée dans ce titre par Clément VIII, en 1592. L'infirmité qui avait empêché Camille d'entrer parmi les Capucins continua de l'affliger pendant quarante-six ans et ses autres ennuis de santé contribuèrent à faire de sa vie une suite de souffrances, mais il ne permettait à personne de s'occuper de lui et quand il était à peine capable de se tenir debout il s'extrayait de son lit pour visiter les malades.

Il démissionna du généralat de l'ordre en 1607 pour avoir plus de loisir pour les malades et les pauvres. Pendant ce temps il avait fondé de nombreuses maisons dans différentes villes d'Italie. On dit qu'il avait eu le don de miracles et de prophéties. Il mourut à l'âge de soixante-quatre ans en prononçant un appel vibrant à ses frères en religion. Il fut enterré près du maître-autel de l'église de sainte Marie-Magdeleine, à Rome et, quand les miracles qui lui avaient été attribués eurent été officiellement approuvés, son corps fut placé sous l'autel lui-même.

L'idée de Camille de Lellis, qui a été frappé par l'indifférence des infirmiers vis-à-vis des malades, c'est de prendre soin des malades comme on soignerait les plaies du Christ. La musique que je préfère, dit-il, c’est celle que font les pauvres malades lorsque l’un demande qu’on lui refasse son lit, l’autre qu’on lui rafraîchisse la langue ou qu’on lui réchauffe les pieds. Lui qui mourut d'épuisement, et qui choisit comme emblème une simple croix rouge portée sur un habit noir, dont la charité rayonnante a marqué au point qu'on le béatifie en 1742, on le canonise en 1746. Patron des infirmiers et des malades, conjointement avec saint Jean de Dieu, il défend l'idéal de Caritas et scientia, qui conjugue amour et "préparation scientifique", dirais-je. Sa lutte contre la maladie est aussi une lutte pour faire refleurir la vie et pour redonner à l'Homme sa dignité de fils de Dieu. La "nouvelle école de charité" qu'il propose,  son ardeur pour l’action et l’amour, né de la découverte de la dignité de l’homme, surtout de la vision, dans le malade, de « la personne même du Christ…, la pupille et le cœur de Dieu…, mon seigneur et maître », est encore aujourd'hui un appel qu'il serait opportun de mieux entendre.